NOMBREUSES PERMISSIONS DES OFFICIERS SUPÉRIEURS
locales. La capture de cette forteresse, qui n’était défendue que par quelques centaines de miliciens, valut à Castries le grade de lieutenant-général. « On ne voulait, ce me semble (1), lui écrit Contades, qu'une occasion pour vous accorder le grade de lieutenant-général; la voilà trouvée, mais faites décider promptement cette affaire et ne laissez pas à tout ce qui est avant vous le temps de clabauder pour l'empêcher. » Il est superflu d'ajouter que le conseil fut écouté et que M"° de Pompadour ne fut pas étrangère à une promotion qui, bien qu’elle échût à un officier de mérite, n'était pas justifiée par la circonstance.
Dans l’armée, l'envie d'aller faire sa cour aux puissants du jour, et peut-être aussi de jouir des plaisirs de la capitale, était aussi vive que jamais parmi les officiers supérieurs. C'était à qui làcherait son corps pour courir à Paris. Avant de quitter les bords de la Lippe, Contades prévient Belleisle que la moitié des colonels demandent des congés, et qu'il ne voit aucun inconvénient à ce qu'ils soient octroyés, aussitôt les régiments parvenus à leurs cantonnements. Soubise plaide 2) dans le même sens : « J'espère que vous ne le trouverez point contraire aux principes que vous voulez établir dans le militaire. Je ne puis vous cacher, Monsieur, que j'y vois régner un grand dégoût et qu’il semble augmenter tous les jours; malheureusement ce sont les meilleurs sujets qui en paraïssent le plus affectés. Je ne puis vous exprimer à quel point est poussé le désir de retourner en France. Je crois que vous avez très bien fait de consentir que chaque colonel eût la permission d'y aller passer deux mois. J'ai vu la plus grande satisfaction peinte sur tous les visages et je suis persuadé qu’ils reviendront de meilleure humeur. On
(1) Contades à Castries. Cologne, 7 décembre 1758. Archives de la Guerre,
(2) Soubise à Belleisle. Fritzlar, 28 novembre 1758. Archives de la Guerre,
est accoutumé aux campagnes de Flandre. Celles-ci paraissent longues. » La limitation des absences parait avoir été à peu près observée malgré la difficulté de faire rentrer à l’armée les premiers permissionnaires : « J'ai eu bien des batailles, écrit le ministre (1), à essuyer avec toutes les dames de la cour et de la ville pour prolonger le séjour des colonels en ce pays; j'ai tenu ferme excepté pour ceux qui sont réellement malades, et cependant il y en a quelques-uns à qui j'ai dù dire que l’on ne regarderait pas de si près pour quelques jours plus tôt ou plus tard. »
Est-ce au mauvais exemple venu d’en haut qu'il faut attribuer l'attitude déplorable de l'officier inférieur qui ne jouissait pas des mêmes faveurs que son chef? « Nos officiers ont besoin d'être encouragés, rapporte Soubise (2). La guerre éloignée et qui ne permet pas de retourner l'hiver en France ne plait guère. Enfin il souffle un mauvais esprit et le dégoût est grand. » La correspondance 4 de Contades contient sur le sujet des détails typiques : 4 « Il est arrivé, écrit-il au cours de la campagne (3), au corps aux ordres de M. de Saint-Pern, quelque chose de fort extraordinaire et qui exigera une punition bien sévère, s’il est possible de découvrir l'officier qui s’est mis dans un cas aussi fâcheux. M. le comte de Broglie et M. le prince de Chimay visitant les postes trouvèrent un officier qui chassait ; ils voulurent savoir son nom. L'officier À fuit devant eux, sauta un fossé plein d'eau que les 1 chevaux ne pouvaient pas passer. L'officier de l’autre côté du fossé les mit en joue en leur disant qu'il leur casserait la tête, s'ils voulaient le faire arrêter, etqu'’ils ne sauraient 1 pas son nom, et se retira ensuite dans les bois de façon .
(1) Belleisle à Armentières, 4 février 1759. Archives de la Guerre, 3512.
(2) Soubise à Belleisle, Weilburg, 5 décembre 1758. Archives de la Guerre,
(3) Contades à Belleisle. Recklinghausen, 8 septembre 1758. Archives de la æ Guerre, 3482. pe