OCCUPATION DE FRANCFORT PAR LES FRANCAIS
cement des troupes, à leur concentration et à l’établissement des magasins de vivres et de fourrages,
Dans les cantonnements français aussi bien qu'au ministère, aussitôt les quartiers d'hiver pris, on s'était ému de la possibilité de les voir troubler. On croyait fermement à une tentative de l'ennemi contre le corps de Soubise, et on prévoyait l'éventualité d'une retraite, soit sur le Necker, soit sur la rive gauche du Rhin. Soubise réclame, pour remplacer le contingent que le duc de Wurtemberg venait de rappeler, un renfort tiré de l'armée de Contades. Ce dernier, sollicité dans ce sens par Belleisle, oppose (1) une fin de non-recevoir basée sur le grave inconvénient de faire marcher une armée « toute nue »; les réparations ont à peine commencé; la plupart des chevaux n'ont ni selles ni mors; « les radoubs de l'artillerie » battent leur plein. Tout au plus pourrait-on rassembler 26.000 hommes, « mais dans quel état? » Le ministre dut se contenter (2) de l'envoi du régiment d'Enghien que l'Éleaic sr n'avait pas voulu recevoir à Coblentz; d'autre part, il autorisa (3), avec l’assentiment tacite de la cour de Vienne, la prise de possession de la ville impériale de Francfort qui eut lieu sans résistance le 2 janvier. Peu à peu, les esprits se calmèrent et les régiments français purent jouir du repos indispensable. Les confédérés avaient, depuis longtemps, suivi l'exemple de leurs adversaires; protégées par un cordon d'avant-postes tendu depuis Stadtloen jusqu’à Hamm, les troupes du prince Ferdinand s'étaient réparties dans les évèchés de Munster, Osnabruck et Paderborn, tandis qu'Issemburg avait réoccupé la Hesse et s'était installé de sa personne à Fritzlar, d'où il surveillait Marburg devenu poste avancé du corps de Soubise.
(1) Contades à Soubise. Crefeld, 2 janvier 1759. Archives de la Guerre,
(2) Belleisle à Contades, 9 janvier 1759. Archives de la Guerre, 3511,
(3) Belleisle à Soubise, 23 décembre 1758. Archives de la Guerre, 3489.
Le part et d'autre, ou s'efforça de remplir les vides de la campagne et de compléter les cadres. Ferdinand n'avait pas à se plaindre du gouvernement de Londres : au cours des derniers mois de l'année 1758, il avait vu s'accroitre (1) les forces mises à sa disposition de 8.500 Anglais, de 6.700 Hanovriens et de 6.500 Hessois. L'incorporation des recrues, l'arrivée de quelques compagnie: d'Écossais, l'augmentation des troupes légères allemandes devaient porter le fond de son armée à un total théorique de 75.000 pour l'année 1759 et lui permettre d'entrer en lutte avec un effectif réel! d'environ 60.000 combattants. En outre, les pourparlers engagés avec la Hesse pour le paiement de l'indemnité devaient avoir pour coroïiaire la prise, à la solde anglaise, d'un supplément de troupes de ce pays, auxquelles se joincraient quelques centaines de soldats qu'on espérait tirer du Brunswick. Restait l'Angleterre : Knyphausen ne pourvait-il (2) convaincre Pitt de la nécessité de renfor:er la division «anglaise? A cette requête, l’envoyé de Frédéric répondit (3) par un tableau de la distribution de l’armée britannique; les régiments laissés en Angicterre
‘suffiraient à peine pour les garnisons des ports, pour
la réserve des corps détachés en Amérique et en Afrique, pour la garde des 24.000 prisonniers francais dispersés dans le royaume; d’ailleurs, le recrutement s'effectuait si lentement, qu'il menqnait encore 9.000 hommes nour remplir les prévisions budgétaires. Le sujet “tait délicat. aussi suppiiait-il le prince de ne pas insister davantage sur ce point auprès du cabinet de Londres, « attendu que àe pareilles représentations ne servent qu’à décourager le Roi et le ministère et ne sauraient manquer de produire des
(1) Reden, vol. I. Annexes, (2) Ferdinand à Knyphausen. Munster, 28 novembre 1758. Gel. Staats Arch. Berlin. (3) Knyphausen à Ferdinand, 12 décembre 1758, Geh. Staats. Arch. Berlin.
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