ENTRETIEN DE FRÉDÉRIC AVEC MITCHELL
obligerait ». Il insiste pour une augmentation de 10.000 hommes de l’armée hanovrienne, à laquelle le ministère ne pourrait se montrer contraire, « d'autant qu'il ne s'agirait pas de donner des troupes nationales anglaises ». Enfin, sur la nouvelle du rappel et du remplacement de Mitchell, Frédéric se décida à faire partir pour Londres Knyphausen, son ancien représentant à la cour de Versailles, avec autorisation de conclure à certaines conditions, et avec mission de sonder les vues secrètes de la cour de Saint-Janres. « Comme il y a apparence (1) que peut-être vers la fin de l’année la paix soit faite, il faut que vous vous procuriez une exacte notice et soyez bien en garde sur toates les démarches que la France et l’Angleterre feront pour faire la paix générale. M'étant aperçu plus d’une fois que l’Angleterre garde quelque considération pour la Russie et un certain penchant envers la cour de Vienne, cela me fait soupconner, non sans fondement, que les Anglais n’'attendent que la paix générale pour rét, blir leur ancien système. C’est de quoi il faut nécessairement que je sois instruit. Le prétexte dont vous vous servirez par rapport à votre voyage en Angleterre sera d'amener à sa fin la convention ci-dessus mentionnée, mise sur le tapis par le ministère anglais. »
Enfin vers le milieu de mars, dans une entrevue à la veille du départ de Frédéric pour le siège de Schweïdnitz, Mitchell fut mis au courant par le souverain lui-même du revirement qui s'était effectué dans son esprit : « Hier le roi de Prusse, écrit-il (2), m'a fait venir dans son cabinet; tout d’abord il avait songé à répondre à votre dépèche du 95 février (3)... mais après réflexion, m'a-t-il dit, j'y ai renoncé, l’aurais été forcé d'aboraer des objets qui ne se-
(1) Instruction pour le baron de Knyphausen, 8 inars 1758. Correspondance Politique, vol. XVI, p. 293.
(2) Mitchell à Holdernesse. Breslau, 15 mars 1758. Prussia. Record Office.
(3) La dépèche rédigée en commun par Pitt et Holdernesse.
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raient pas agréables, et selon moi, moins il v a d’explications entre amis et alliés, et mieux cela vaut. » Frédéric lui annonça le départ de Knyphausen pour Londres avec pleins pouvoirs pour signer l’arrangement, sous les seules réserves que l'argent voté serait mis en dépôt et que le roi George augmenterait ses troupes en Hanovre. Il ajouta : « J'ai ordonné à M. Knyphausen de vous rendre justice. » Mitchell, en répétant ce propos, a soin d'informer son ministre qu'il ne l’a pas relevé et qu'il s’est borné à des remerciements. Comme on le voit, Frédéric s'était résigné à abandonner sa demande d’une escadre dans la Baltique, stipulation qu'il avait maintenue dans les instructions de Michel et dans les premières de Kayphausen. Il sonfirma cette concession dans une lettre à Michel (1) où il se montrait aussi pressé d'aboutir qu'il avait été peu jusqu'alors. « Vous savez au reste les conditions auxquelles je vous ai ordonné de signer la convention avec l'Angleterre. Je me flatie qu’elle le sera déjà; en tous cas je renoncerai encore à l'envoi d'une escadre dans la Baltique et vous vous appliquerez seulement à faire en sorte que la dite convention soit signée, pour tranquilliser Sa Majesté britannique et pour ne pas mettre plus d’empêchements aux autres affaires parlementaires. » Cette conversion subite est aussi difficile à expliquer que le refus antérieur; peut-ètre faut-il n'y voir que le désir de terminer l'affaire avant la reprise de la campagne contre l’Au‘riche et de pouvoir se consacrer, sans arrière-pensée, aux opérations militaires.
Avec des dispositions pareilies, les pourparlers ne devaient pas trainer. Le 26 mars, Pitt eut avec Michel une conversation à la suite de laquelle (2) il se rallia à l’idée
(1) Frédéric à Michel. Grüssau, 26 mars 1758. Correspondance Politique, vol. XVI, p. 332.
(2) Résumé de la conversation entre Pitt et Holdernesse, 27 mars 1758. Newcastle Papers, 32878.
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