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LA COUR ESPAGNOLE

contre l'Angleterre. De gouvernement, à proprement parler, il n'en existait pas; les quatre ministres chargés de départements travaillaient isolément avec le Roi, mais ne se réunissaient jamais pour se concerter sur la politique générale; le conseil d'État re fonctionnait que dans la personne du duc d’Albe, son président. Tout dépendait du monarque, peu intelligent, maladif; « le moindre dérangement dans sa santé, écrit Frischman (1) l’inquiète à un poirt qui le rend incapable de toute réflexion, et insupportable à ceux qui l'approchent. » La seule manière de conserver la faveur d’un pareil souverain était de ne lui susciter aucun embarras, et àe lui parler le moins possible d’affaires. Autour du Roi, ne le quittant jamais, mème à la chasse, la Reine, princesse portugaise dévouée à l'Angleterre « qu’elle regarde comme le dier. tutélaire de sa patrie, » le ministre des Affaires Etrangères Wall, plus anglais que sa souveraine, et enfin, dans les coulisses, l'ambassadeur Keene. Ce dernier, dans ses rapports avec le personnel de la cour, savait unir l’entregent à la finesse, et grâce à l'expérience des hsmmes et des choses acquise par un séjour de trente ans dans le pays, exercait sur les conseils et les résolutions du gouvernement espagnol une autorité presque absolue.

En dépit de cet ensemble de dispositions malveillantes, Rosenberg, à l’occasion de l'agression de Frédéric, soliicita (2) pour l’Impératrice les secours de Sa Majesté catholique. On ajourna de jour en jour la réponse, puis on lui parla de pacificafion, du désir de servir d’intermédiaire entre les puissances belligérantes. L'Autrichien, dans un entretien avec Wall, répliqua à ces défaites en essayant de séparer la cause de la Prusse de celle de l'Angleterre, et en insinuant que celle-ci pourrait bien déserter son

(1) Frischman à Rouillé, 17 novembre 1756. Affaires Étraugères. Espagne. (2) Frischman à Rouillé, 5 décembre 1756. Affaires Etrangères. Espagne.

allié : « Je ne crois pas que les Anglais soient si uélicats sur le point d'honneur envers le roi de Prusse: la paix peut se faire à ses dépens seuls; il ne nous faut que la Silésie.… l'Électeur du Hanovre peut avoir part au gâteau en réduisant le roi de Prusse à son marquisat de Brandebourg, tout le monde sera content... La paix se fera entre la France et l'Angleterre, en dédommageant la première de la guerre injuste qu’on lui a faite. » Malgré une note officielle, dont le ton vague et le fond rempli de variations banales sur le rétablissement de la concorde, n'étaient guère encourageants, Rosenberg ne désespéra pas d’aboutir. S'il faut en croire Keeae, mis au courant par le ministre espagnol, l’envoyé de Marie-Thérèse aurait tenu des propos étranges; après s'être plaint des tentatives que faisait l'Angleterre pour soulever le roi de Sardaigne et la Porte ottomane contre l'Autriche, il aurait fait valoir les efforts de l'Impératrice pour obtenir le consentement de la France à la neutralité du Hanovre, et aurait ajouté qu'une fois la lutte contre le roi Frédéric terminée à son avantage, Elie reviendrait avec bonheur à l'alliance anglaise. « Je ne peux pas m'empècher, écrit Keene (1), de tressauter en vous relatant les expressions dont on s’est servi; mais pour continuer, M. Wall, qui savait que Rosenberg avait pour habitude de communiquer ses idées visionnaires à l'abbé français (2), resta prudernment sur sa garde; il regarde tout cela comme un complot imaginé par la France, avec l’assentiment de la cour impériale, pour lui créer des difficultés et pour le ruiner dans l’esprit deson maître. » L’Espagnol se contenta de répondre que « Sa Majesté catholique n'’oublierait jamais son amitié pour son cousin le roi de France, au point de se mé-

(1) Keene à Pitt, 11 janvier 1757. Mitchell Papers. (2) Dans les dépêches de Frischman, il n’y a, comme on pense, aucune trace de propos de ce genre.

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