NEUTRALITÉ DU DANEMARK ET DE LA HOLLANDE
dans la ligue, lui proposa d'intervenir avec un corps de 30,000 hommes et lui offrit un subside annuel de %# millions de livres, dont moitié à la charge de l'Autriche et moitié à la charge de la France. Ces ouvertures furent bien accueillies; pour le moment il était impossible de conclure, les engagements de la Suède avec la Prusse n'expirant qu'au mois de mai 1757 ; mais à partir de cette date on pouvait prévoir la coopération active du royaume scandinave.
Cet exemple ne fut pas suivi de l’autre côté du Sund; le Danemark resta neutre en dépit de tous les efforts faits de part et d’autre pour l’entrainer dans la luite. Cette puissance, en signant avec la Suède la convention d’union maritime, et en armant une escadre destinée à protéger sa marine marchande, avait pris position vis-à-vis de l'Angleterre ; mais elle résista à toutes les tentatives de sa voisine pour l’amener à une action plus énergique. Ménagée par la cour de Saint-James qui accordait à ses navires un régime de faveur, elle persista jusqu’au bout dans son rôle de spectateur impartial. Le premier ministre de Copenhague, M. de Bernstorff, fut assez habile pour ne pas se brouiller avec la Grande-Bretagne, malgré le refus des subsides que nous avons vu Holdernesse lui proposer, et pour conserver avec la France d'excellents rapports qui lui permirent d'appuyer chaleureusement à Versailles la neutralité du Hanovre.
Il en fut de même des Provinces-Unies qui persévérèrent dans la ligne de conduite qu'elles avaient adoptée à la suite du premier traité de Versailles. La Régente et tous les adhérents de la maison d'Orange ne dissimulèrent pas leurs sympathies pour le roi de Prusse, et firent passer à celui-ci des avis qui, en mainte circonstance lui furent précieux; mais ils n’essayèrent pas de faire sortir les États-Généraux de la réserve prudente que leur imposait la proximité de la France. Il faut ajouter que les procédés du
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gouvernement britannique à l'égard de la marine de commerce des Pays-Bas, firent surgir de nombreuses réclamations, et créèrent, dans le monde des armateurs et des négociants, un courant d'opinion hostile à l'alliance anglaise. Ce fut en vain que Frédéric chercha à réagir contre les exigences du cabinet de Saïint-James, qu'il considérait à bon droit comme nuisibles à la cause commune. En matière de navigation on était intraitable à Londres, et les conseils avisés de leur allié ne furent pas écoutés.
De l'Espagne, peu de chose à dire, sinon qu'elle resta fidèle 4 sa politique d’inaction nuancée de bienveillance pour la Grande-Bretagne. Depuis le rappel du duc de Duras à la suite de sa tentative malheureuse pour entrainer le roi d'Espagne du côté de la France, Sa Majesté Très Chrétienne n'avait été représentée à Madrid que par un chargé d'affaires, l’abbé Frischman, qui borna son rôle à celui d'agent de renseignements. Pendant presque toute l’année 1756, son action, d'ailleurs fort linitée, fut contrecarrée par celle de son collègue d'Autriche, l'abbé Migazzi. Ce diplomate, habitué à lutter contre l'influence de Versailles, ne sut pas modifier son attitude avec les événements; il était d’ailleurs inféodé à l'ambassadeur anglais Keene (1), à la bourse duquel sa passion pour le jeu l’avait obligé de recourir, et qui « la lui ayant ouverte, lui a fait payer un service qu’il est toujours prèt à rendre. » A la demande du cabinet français, Migazzi fui remplacé par le comte de Rosenberg, qui s'employa loyalement de concert avec Frischman pour la nouvelie ligue. Leurs efforts ne réussirent qu'à tirer de Sa Majesté catholique des condoléances platoniques pour le roi de Pologne, et des professions d'amitié pour l’Impératrice-Reine.
À Madrid on avait peu de goût pour le roi de Prusse, mais on n'entendait, sous aucun prétexte, prendre parti
(1) Frischman à Rouillé, 22 janvier 1757. Affaires Étrangères. Espagne.
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