POURPARLERS ENTRE FRÉDERIC ET AUGUSTE
je n’eusse pas besoin de molester les États de V. M. Mais comme des raisons de guerre m'obligent à me servir de la rivière de l’Elbe, je ne puis, à moins que de faire des miracles, choisir d'autres moyens que ceux que j'emploie à présent. » À Maltzahn, il dévoile (1) le fond de ses idées : « Pour vous mettre au fait de mes vraies intentions, sur quoi cependant vous me répondrez du secret, elles sont de désarmer préalablement les troupes saxonnes, avant que de marcher en Bohème. »
Enfin le moment de parler arrive : l'opération militaire est terminée, les divisions prussiennes cernent complètement le corps saxon, les communications avec la Bohême sont coupées, le roi de Pologne et ses soldats sont à la merci de l'envahisseur. Le 14% septembre, à la suite de nombreuses allées et venues entre les deux quartiers généraux, Frédéric, avec l'assentiment d'Auguste, lui envoie son bras droit le général Winterfeldt. Cette entrevue fut bientôt suivie d'une autre qui eut lieu cette fois à Sedlitz, entre le roi de Prusse et le général saxon d’Arnim. Ce dernier a fait des propos échangés pendant l'audience un récit détaillé (2), qui jette unj our des plus vifs sur les desseins de Frédéric et sur l’état des négociations. « Je vois, s’écria le roi, en prenant connaissance de la lettre que lui apportait Arnim, que le roi de Pologne se refuse à réunir son armée à la mienne; mais je ne puis pas revenir là-dessus, mon cher monsieur; j'ai de trop bonnes raisons qui m'empêcheraient de le faire; la raison de guerre le veut, et je ne’puis absolument pas changer mon plan là-dessus. »
Arnim répondit que son maitre était prèt à donner toutes les garanties qu’on lui demanderait contre un retour
(1} Frédéric à Maltzahn. Lommatzsch, 5 septembre 1756. Correspondance politique, vol. XII, p. 345.
(2) Vitzthum. U, p. 93 et suiv. Cette entrevue eut lieu le 15 septembre. GUERRE DE SEPT ANS. 2
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offensif des Saxons en cas d'échec des Prussiens. Malgré son traité avec l'Impératrice-Reine, qui l’obligeait à lui fournir dans l’hypoihèse d'invasion un corps auxiliaire de 6,000 hommes, le roi Auguste, étant donnée la difficulté de déterminer l’agresseur dans l'occurrence, resterait neutre, mais son honneur lui défendait d'aller plus loin. Quel prétexte prendre pour colorer une conduite qui serait une ‘ tache éternelle pour sa mémoire et lui attirerait le blâme de toute l'Europe? La réplique de Frédéric fut aussi franche que brutale : « Hé! mon cher monsieur, tout ceci est bel et bon, mais sans la jonction des troupes je ne vois aucune sûreté pour l'avenir. Le roi de Pologne n'a qu'à faire un traité en conséquence avec moi, qui nous lie de plus en plus d'intérêt et d'amitié, car il faut que la Saxe coure la même fortune et le inème risque que mes États. Si je suis heureux, il sera non seulement amplement dédommagé de tout, mais je songerai aussi à ses intérêts autant qu'aux miens, et pour le qu’en-dira-t-on, nous enjoliverons le traité de quantité de bonbons, et d’ailleurs la meilleure excuse est la nécessité où l’on se trouve de ne pouvoir faire autrement. »
La conversation porta ensuite sur la politique saxonnc depuis 1749, et sur les accusations lancées contre le comte de Brühl, accusations que Winterfeldt venait de communiquer au roi de Pologne, et qui furent reproduites et publiées quelques jours plus tard dans le famenx « mémoire raisonné ». Puis on revint à la convention et aux garanties : « Tous ces traités, dit le roi, tous ces accommodements, on les tourne comme on veut; il faut que j'aie nécessairement les derrières libres, comme aussi la libre communication par la Saxe et l'Elbe, et la parole
des généraux. »
Arnim proposa de réduire l'effectif .des troupes électorales. Frédéric repoussa cette idée et démasqua. sa pensée intime : « Il y a un moyen, il faut que l’armée marche