‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 116 sur 385 · PRISE D'OSWEGO · texte numérisé non relu

PRISE D'OSWEGO

ni à se traverser, ni à changer leurs plates-formes qui étaient tournées en sens inverse, » Cependant (1) les Anglais ripostèrent vigoureusement; un canon francais fut démonté, les munitions qu'il fallait transporter du bord du lac n'arrivaient pas en quantité suffisante, l’État-major s'impatientait; aussi fut-on heureux d’accueillir les parlementaires qui venaient traiter Ge la reddition. Les pertes des défenseurs avaient été en effet plus sensibles qu'on ne le croyait; le commandant, le colonel Mercer, avait été tué par un boulet dès neuf heures du matin. La mort de cet officier énergique démoralisa les assiégés; son successeur, le lieutenant-colonel Littlehales, convoqua un conseil de guerre auquel le directeur du génie, Mackeller, déclara qu'on ne pourrait prolonger 1a résistance plus d'une heure. La capitulation fut promptement siynée; la garnison resta prisonnière; malgré un déchet de 120 hommes pendant le siège, elle était encore forte de 1,658 hommes, y compris les ouvriers et les équipages des bateaux. La flottille anglaise n'avait rendu aucun service, et s'était bornée à échanger quelques coups de canon avec la batterie qui protégeait la plage de débarquement. En plus de 5 drapeaux emportés comme trophées, Montcalm trouva à Chouaguen 55 canons, 1# mortiers, 5 obusiers, quantité de munitions de guerre, des vivres pour deux ou trois ans, et dans Ie port une barque inachevée percée pour 18 canons, un brigantin de 1%, une goëlette de 8 et quelques embarcations légères. Les Francais ne payèrent leur succès que de 30 à 40 tués ou blessés.

Un incident des plus fâcheux vint ternir la victoire, et démontrer la difficulté d'empêcher les atrocités dont les auxiliaires sauvages étaient coutumiers. Sous prétexte qu'ils n'avaient pas été liés par le cérémonial spécial d’une remise de colliers, les Indiens se ruèrent sur les prison-

(1) Rapport de Desandrouins, 28 août 1756. Archives de la Guerre.

niers anglais et en tuèrent une trentaine (1), tant à l'hôpital (2) qu'au lieu d'embarquement. « Je ne vous parle point, écrit Desandrouins, des horreurs et des cruautés des sauvages; l'idée que l’on en a en France est très juste à cet égard; il est malheureux de faire ia guerre avec de pareilles gens, surtout quand ils sont ivres. »

Il eût été imprudent, avec les faibles effectifs dont on pouvait disposer, de conserver le poste de Chouaguen ; aussi fut-1il décidé &’en détruire les ouvrages; l'opération fut lestement accomplie. La dislocation eut lieu le 21 août : Guyenne et Béarn partirent pour le lac Champlain, la Sarre resta au camp de Niaouré pour évacuer les approvisionnements et munitions dont on venait de s'emparer; les Canadiens allèrent rentrer leur moisson, les sauvages retournèrent dans leurs villages, « comme c’est leur coutume quand ils ont fait coup. »

Ainsi que le reconnurent les officiers français, la prise de Chouaguen fut grandement facilitée par l’imprévoyance et la démoralisation des défenseurs. Ceux-ci ne surent pas utiliser leur flottille pour entraver la traversée du lac par les troupes de Montcalm; ils laissèrent ce dernier débarquer à son aise et ouvrir ses paralièles sans être interrompu. Le siège commencé, leur conduite n'avait pas été brillante. « Les Anglais, il faut l'avouer, observe Desandrouins (3), sont des gens qui entendent bien peu la guerre; ils se sont rendus prisonniers au moment qu'ils nous assommaient de leur artillerie; ils n’ont pas seule-

(1) Le commandant anglais Littlehales, probablement habitué à ce genre d'accidents, ne semble pas y avoir prêté grande importance : « Quelques | solduts, éerit-il dans son rapport, s'étant enivrés, se prirent de que.elle avec | les Indiens; plusieurs d'entre eux furent tués, mais je n'en connais pas le

| nombre exact. » Loudoun à Fox, 8 octobre 1756. Record Office. Londres. (2) Le lieutenant anglais Delacour, qui avait été blessé aurait été massa-

cré dans sa tente. Mante. Late war in America. London 1772.

(3) Rapport de Desandrouins. Montréal, 28 août 1756. Archives de la Guerre.

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