‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 117 sur 385 · PRISE D'OSWEGO · texte numérisé non relu

PRISE D'OSWEGO

ment fait semblant de s'opposer au passage de la rivière par M. de Rigaud; ils n’ont même pris aucune précaution pour se traverser dans leur camp retranché.. Ils étaient découverts jusqu'aux pieds; ils n’ont pour eux que de bien ajuster boulets et bombes et de soutenir un feu vif. »

A la décharge du colonel Mercer et de ses officiers, il est juste de dire que la garnison avait été très éprouvée par les maladies pendant l'hiver (1), et que les hommes, sans solde depuis huit mois, montraient un fort mauvais esprit; Mercer n'avait pu les apaiser qu’en s'engageant personnellement pour l’arriéré, et en achetant du rhum pour leur faire des distributions.

L'entreprise de Chouaguen fit honneur au général et à tout le corps expéditionnaire. Montcalm déploya son entrain et sa bravoure habituels; hésitant avant le départ de Frontenac, il ne le fut plus devant Oswego: il fut admirablement secondé par Bourlamaque qui commanda la tranchée, par Desandrouins qui dirigea la partie technique du siège, et pat les officiers, tant canadiens que francais. « Nous avons beaucoup soutfert, écrit notre ingénieur, durant cette expédition, depuis le 12 à quatre heures et demie du matin jusqu’au 1% à sept heures du soir, toujours dans des mouvements si vifs et ayant fait tant de besogne que les ennemis nous ont jugés 6,000 effectif de troupes réglées, et nous n'étions pas 1,300. » Montcalm, aussitôt de retour à Montréal, fit son rapport au ministre de la guerre ; il nc tarit pas en éloges sur la conduite de ses soldats : « Cette lettre est uniquement (2) pour vous rendre compte du zèle avec lequel les troupes françaises se sont portées à l'expédition de Chouaguen, quoique la faible résistance des ennemis ne leur ait pas fait essuyer

(1) Mercer à Shirlev, 2 et 22 juillet 1756. Record Office. Londres. A la première de ces dates les trois bataillons à Oswego n'avaient que.923 hommes en état de porter les armes. Ils furent renforcés avant le siège.

(2) Montcalm au ministre. Montréal, 30 août 1756. Archives de la Guerre.

autant de coups de fusil qu'ils devaient s’y attendre. Elles ont soutenu le peu qu'il y a eu avec une bonne grâce qui a été applaudie du Canadien, et c'est tout dire. Et du côté des fatigues et des travaux, c'est avec la plus grande ardeur que l'officier et le soldat ont concouru à diligenter tout ce qui avait rapport au siège, à la démolition et à l'évacuation; ils ont été animés à ce dernier travail par l'espérance d'arriver à temps sur le lac Saint-Sacrement, pour y repousser l'ennemi qui veut, dit-on, mesurer ses forces. D'avoir 150 lieues à faire, de marcher sans équipages, de camper plusieurs officiers dans une canonnière de soldat, de vivre de lard et de pois, comme je leur en donne l’exemple, tout cela ne les arrête pas. La dangereuse navigation des lacs dans de petits bateaux comme ceux de Saint-Cloud, est méprisée du sol@at qui rame et conduit aujourd'hui un bateau comme un Canadien. »

On n'eut pas à défendre Carillon contre l'attaque prévue; en effet, la chute d'Oswego avait porté la consterpation dans le camp anglais. Shirley, dont le ministère britannique était mécontent au point de vue militaire, et qu'on accusait ouvertement (1) de connivence avec les fournisseurs de son armée, avait été remplacé par Lord Loudoun; l’arrivée de ce dernier avait été précédée par celle du général Abercromby avec deux bataille :s de ligne. Le nouveau gouverneur général, débarqué le 23 juillet 1756, trouva les affaires dans un état déplorable (2); la caisse était vide, le trésor très engagé; les rapports d'Oswego fort inquiétants réclamaient des renforts qu’on ne pouvait faire partir faute de moyens de transport. Du côté du lac Saint-Sacrement. rien n'était prêt pour l'expédition contre les forts français de Carillon et de Saint-Frédéric {3); à la vérité les contingents colo-

(1) Correspondance de Loudoun avec le ministère anglais. Record Office. (2) Loudoun à Fox, 19 août 1756. Record Office. (3) Les Anglais avaient donné au lac Saïint-Sacrement le nom de lac

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