VAUDREUIL SE PLAINT DE MONTCALM
Voilà, Monseigneur, des faits réels que tout le monde sait; je feins de les ignorer et je n’en donne connaissance qu'à vous seul. » La lettre se termine par son propre loge et par celui de son frère : « Si j'eusse été moins vigilant, et que je n’eusse soutenu avec fermeté les ordres que j'avais donnés, Chouaguen serait encore non seulement au pouvoir des Anglais, mais même, si M. le marquis de Montcalm avait tardé de quatre jours à exécuter mes ordres, l'ennerni s’y serait maintenu et s'en serait assuré la possession, quelques efforts que j'eusse pu faire désormais. Je ne puis assez me louer du zèle que mon frère, les Canadiens et les sauvages ont marqué en cette occasion; Car sans eux mes précautions et mes ordres n'auraient abouti qu'à une pauvre démarche, sans qu'il eût été possible de réparer une semblable faute. » L'intendant Bigot, mieux placé pour être impartial, rend
hommage (1) à la persévérance de Vaudreuil : « Les troupes de terre ne s’attendaient pas à l'avoir à si bon marché; on s'était fait de ce fort une idée tout autre qu'il n'était, et si M. de Vaudreuil n’eût pas été ferme dans l’ordre qu'il avait donné d'en faire le siège, il serait encore aux Anglais. On à aussi obligation en partie de son entreprise à M. le chevalier Lemercier qui levait toutes les objections qu'on lui faisait au fort Frontenac, au moment de s'embarquer, lesquelles ne tendaient qu’à ne pas entreprendre cette expédition. » Quant aux désordres, il les attribue aux Indiens : «11 y a eu un grand pillage de la part des Indiens sauvages, malgré les ordres de M. le marquis de Montcalm... Je viens d'apprendre qu'on avait brülé à Chouaguen # ou 500 quarts de farine et autant de lard, faute de voitures pour les emporter. »
D’après le ton des dépèches officielles, on peut s’imaginer celui des conversations particulières. Une note en
(1) Bigot à Moras. Québec, 3 septembre 1756. Collection Moreau. Archives des Colunies.
abrégé de Bougainville, glanée dans les feuillets de son journal, donne une idée des propos qui cireulaient, et des critiques qui se formulaient dans les cercles de l'étatmajor de Montcalm : « Les sauvages et les Canadiens (1) seuls ayant pris Chouaguen. Facilité de cette expédition, suivant le peuple, le marquis de Vaudreuil et l’évêque, qui l’eût repris, disait-il, avec son clergé, sans doute comme Josué prit Jéricho en faisant deux fois le tour des murs. Empressement des Canadiens pour partir sitôt l’expédition faite. Avec d'autres troupes et d’autres ordres de la cour, garnison laissée à Chouaguen, marche subite de l’armée au fort de Bull, qui en est à douze lieues, et au corps du colonel Bradstreet, qu'on eût peut-être rencontré en chemin. Mauvaise administration pour les vivres; en donner au rabais l’entreprise à des compagnies ou particuliers qui se chargeront et des fournitures et du transport. Canadiens glorieux comme s'ils étaient gueux et désintéressés. V. quand il a conçu une idée, en devient amoureux, comme Pygmalion de sa statue ; je Le pardonne à ce dernier, car elle était un chef-d'œuvre. »
En dehors du Canada, le second semestre de 1756 ne fut marqué par aucun événement important. Dans ce qui était alors le « Far West », ou le pays d’En Haut, les Français étaient complètement maitres; les sauvages ralliés à leur cause pillaient les établissements anglais et commettaient leurs atrocités habituelles. « M. Dumas m'écrit, rapportait le gouverneur (2), que depuis plus de 8 jours il n'est occupé qu'à recevoir des chevelures. » Cet officier qui commandait au fort Duquesne estimait les partis en campagne à plus de 3,000 sauvages, Canadiens et réguliers.
Cette guerre de partisans, sans résultat décisif sur les opérations, était ruir use pour les finances de la colonie.
(1) Kerallain, Jeunesse de Bougainville, p. 48. (2) Vaudreuil à Moras, 8 août 1756. Archives des Colonies.
e son it, et l'étatns (1) ition, èque, doute ur des tt l’exordres subite ues , et re renles vipagnies 8 et du t gueux devient rdonne
4756 ne s ce qui es Franralliés à ommetm'écrit, 8 jours il t officier partis en et régu-
if sur les colonie.