‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 121 sur 385 · DÉPENSES ÉNORMES POUR LES SAU VAGES · texte numérisé non relu

DÉPENSES ÉNORMES POUR LES SAU VAGES

Vaudreuil est obligé (1) d'en convenir : « M. Bigot m'a mandé dernièrement que le papier qui avait rentré à la caisse du trésorier m ontait à 8 millions... Je ne suis point surpris que les dépenses montent si haut, les sauvages en occasionnent d'immenses, et elles forment la plus grande partie de celles que le roi fait dans la colonie. I faut otre sur les lieux pour juger à quel point ces gens-là con-

somment et sont incommodes. Je leur refuse et diminue

à Montréal, autant que je peux, leurs demandes; mais malgré cela ils réussissent à se faire équiper plusieurs fois dans la même campagne... Ils prétextent qu'on leur à refusé quelque chose à l’armée, ou qu'ayant fait coup ils doivent retourner chez eux, ou qu'ils ont rêvé qu'il fallait qu'ils s'en retournassent... Lorsqu'ils vont en partie, on leur fait prendre pour 10, 12 ou 15 jours de vivres, suivant l'éloignement. Au bout de deux jours ils reviennent sans vivres et sans équipement, et disent avoir tout perdu, et il faut leur en faire délivrer d'autres. Ils font d'ailleurs une consommation d’eau-de-vie extraordinaire, et un commandant serait fort embarrassé s’il leur en refusait, ainsi que le reste de leurs demandes. Outre la consommation occasionnée par les sauvages, il y en à une grande par les dissipations et les vols qui se font dans les transports; les boissons arrivent à leur destination à demi-bues ou volées, les lards et les farines gâtés par le peu d'attention que l’on à eu, en les laissant sur les grèves à l’ardeur du soleil dans tous les différents entrepôts; et ce qui est gàté coûte au Roi, rendu, comme le bon. » Vaudreuil conclut en proposant, pour diminuer le coulage, de donner la fourniture générale des vivres au sieur Cadet. Comme le démontrera la suite, le remède était pire que le mal.

En Acadie rien d'insolite; des escarmouches entre les

(1) Vaudreuil à Moras, 13 octobre 1756. Archives des Colonies.

garnisons anglaises et les détachements de Boishébert, une dépense considérable pour l'entretien des troupes, et pour la subsistance des réfugiés acadiens qui mouraient de faim dans les établissements de la côte et dans l'ile Saint- Jean (1). Au commencement de l'hiver, on comptait dans cette Île (2) 1,:00 personnes sans autres ressources que les vivres qu'on leur distribuait au nom du Roi, eties secours en vêtements trouvés dans les prises que faisaient les corsaires de Louishourg. A l’île Royale (3), le calme n'avait été troublé que par un combat naval livré à quelques lieues du rivage. Le chef d’escadre Beaussier, qui avait transporté au Canada le marquis de Montcalm et ses deux bataillons avant de rentrer en France fit escale à Louisbourg; il eut dans les parages de ce port une rencontre indécise avec une division anglaise d’égale force; seuls le vaisseau de Beaussier, le Héros, et le vaisseau anglais /e Grafton, furent engagés de près et firent des pertes séricuses. Le vaisseau l’Ilustre et la frégate la Sirène furent empêchés par le manque de vent de prendre part à la ba-

taille; cette inaction, attribuée à tort ou à raison à la ja-

lousie du commandant de /’Illustre pour son chef qui ne

sortait pas comme lui de la marine royale, donna lieu à

une enquête dont les résultats furent négatils (#).

Pour la campagne qui allait s'ouvrir en 1757, le gouver-

nement britannique, résolu à prendre sa revanche des

échecs subi; en 1756, fit de grands préparatifs en Angle-

terre et en Amérique. De la métropole, on promit d’expé-

dier une forte escadre et 8,000 hommes de débarquement;

de son côté, Loudoun s’employa à obtenir des États et des

gouverneurs des subsides en hommes et en argent. La

(1) Aujourd'hui il: du Prince Édouard.

(2) Villejouin à Drucour et Prévost, 3 novembre 1756. Archives des Colonies.

{3) Aujourd'hui île du Cap Breton, dépendance de la Nouvelle-Écosse.

(4) Journal de bord du vaisseau le Héros, et Enquête sur l'engagement du 27 juillet 1756. Archives de la Marine.

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