‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 122 sur 385 · EFFORTS DES ANGLAIS EN AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

EFFORTS DES ANGLAIS EN AMÉRIQUE

tâche était ardue : les colonies du sud, la Georgie, les Casolines pourraient tout au plus suffire à leur propre defense; le New Jersey, le Maryland et la Pensylvanie, dominés par les Quakers dont les principes religieux s'opposaient à toute action belliqueuse, se dérobaient aux demandes de concours. Par contre, de la Virginie, de New-York, et de la plupart des États de la puritaine Nouvelle-Angleterre, on pouvait espérer un effort considérable. Mais Loudoun se plaint amèrement (1) des retards apportés à la réalisation des promesses. «IL faut un temps infini pour négocier avec tous ces États; cela tient aux distances, à la forme diverse des gouvernements, aux jalousies qu'ils ont les uns des autres, et enfin à la lenteur infinie qu'ils mettent à remplir leurs engagements. J'avais fini mes pourparlers avec les gouvernements du nord, l'hiver dernier, au commencement de février; ils devaient marcher le 25 mars, mais je n'ai pu les mettre en route avant mai. Quant aux provinces du sud, il n’y a pas encore eu un commencement d'exécution. » Loudoun criliquait beaucoup la composition des troupes américaines, très mal recrutées, et leur préférait, malgré leur inexpérience, les milices dont il vantait le physique et le moral.

En attendant l’arrivée des renforts dirigés sur Halifax, il pouvait disposer pour ses opérations du printemps d'environ 8,000 hommes de troupes de ligne dont 3,000 dans la Nouvelle-Écosse. À ce contingent de réguliers, viendraient s’adjoindre à peu près autant de coloniaux, et les milices du pays dont le service était à la vérité des plus intermittents. D’après les projets de campagne soumis à Pitt (2), il laisserait 3 bataillons de ligne et les provinciaux dans les forts de l’Hudson et du lac George ; avec le reste de ses forces, il irait rallier les garnisons de l’Acadie et la

(1) Loudoun à Holdernesse, 16 août 1757. Record Office. (2) Loudoun à Pitt, 10 mars 1757. Record Office.

division annoncée d'Angleterre. Le tout formerait un corps de 15 à 16,000 hommes de bonnes troupes, suffisantes avec l'appui de l’escadre pour entreprendre avec des chances de réussite une expédition contre Québec ou Louisbourg.

Reportons-üous au Canada et voyons sur quelles forces la défense pouvait compter pour repousser l'attaque projetée. Les 6 bataillons de ligne atteignaient à la fin de {756 (1) un ellectif de 2900 hommes; les troupes de la colonie, tant infanterie qu'artillerie, se montaient à 2,000, soit en tout #,900 réguliers. A ces soldats, dispersés depuis l'Acadie jusqu’à l'Ohio, s’ajoutaient les contingents de la milice canadienne, beaucoup plus mobilisable et plus aguerrie que celle des possessions anglaises. La garnison de Louisbourg, tout à fait indépendante du Canada, se composait de 2 bataillons de l’armée de terre et de 25 compagnies coloniales, soit un peu plus de 2,100 combattants.

Pour rétablir la balance il eût été désirable d'augmenter ces chiffres trop inférieurs; mais ce n’était pas tout d'avoir des soldats, il fallait les nourrir ; or le gros souci des gouverneurs, et surtout des intendants de Ja Nouvelle- France, était la question des subsistances. Le Canada produisait à peine, bon an mal an, de quoi alimenter ses propres habitants; la récolte présentait-elle un déficit, la moisson avait-elle souffert du maintien prolongé des adultes sous les drapeaux, il en résultait un vide qu'on devait combler par des importations de France. Depuis l'ouverture des hostilités, la situation s'était aggravée. D'une part le nombre des consommateurs s'était accru des militaires, des Acadiens réfugiés et des Indiens; d'autre part

(1) Doreil au ministre, 1° novembre 1756. Depuis leur départ de France les 6 bataillons avaient perdu 6 officiers et 230 soldats, tués ou morts de maladie; 2 officiers et 14 soldats avaient élé renvoyés en France. Ces pertes avaient été compensées en partie par l'incorporation de 1*4 volontaires ou recrues.

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