‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 123 sur 385 · L'HIVER AU CANADA · texte numérisé non relu

L'HIVER AU CANADA

beaucoup de cargaisons interceptées par les Anglais n'étaient pas parvenues à destination. Au Cap Breton c'était bien pire, car à part la morue en abondance et quelques bœufs de l’ile voisine de Saint-Jean, la colonie devait tout tirer du dehors. Durant l'hiver de 1756-1757, quoiqu'il y eût des privations, la disette ne sévit réellement que dans l’Acadie française et dans l'ile Saint-Je:n. « Il est mort beaucoup d’Acadiens, écrit Vaudreuil (1,; le nombre des malades est considérable, et ceux qui sont con- “alescents ne peuvent se rétablir par la mauvaise qualité des aliments qu’ils prennent, étant souvent dans la nécessité de manger des chevaux extrèmement maigres, de la vache marine et de la peau de bœuf... M. Bigot faire partir un bâtiment qui suivra les glaces pour p ‘te’ les secours. »

Au Canada, sans être aussi critique, la situation étati difficile; Montcalm, qui avait passé un mois à Québec, signalait la cherté des vivres. Malgré ces préoccupations la mauvaise saison se passait gaiement. « Tout est hors de prix ; écrit-il (2), 1l faut vivre honorablement et je le fais. Tous les jours seize personnes, une fois tous les quinze jours chez M. le gouverneur général et chez M. le chevalier de Lévis qui vit aussi très bien. !l a donné trois beaux grands bals. Pour moi, jusqu’ au carème, outre les diners, de urands soupers de dames trois fois la semaine, le jour des diverses prudes des concerts, les jours de jeûne des violons de hasard parce qu'on me les demandait. Cela ne menait que jusqu'à deux heures après minuit, et il se joignait après souper compagnie dansante, sans être priée mais sûre d’être bien reçue, à celle qui avait soupé. Fort cher, peu amusant, et souvent ennuyeux. »

De la description de la vie mondaine de Québec, Mont-

(1) Vaudreuil au ministre, 19 avril 1757. Archives des Colonies. {2) Montcalm à la marquise, 16 avril 1757. Collection particulière. Lettre citée par l'abbé Casgrain.

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calm passe à l'appréciation de ses camarades : Il crayonne leurs portraits à grands traits dans le style heurté et incisif qui lui est habituel : « J'aime beaucoup mon galant chevalier de Lévis; le choix de Bourlamaque est bon ; homme froid, de l'esprit. Bougainville, du talent, la tête et le cœur chauds : cela mürira. Je suis bien avec les troupes de terre et de la colonie que je traite également par les politesses. »

Puis il revient au Canada et à ses habitants des deux sexes : « Je ne vis que par l'espoir de vous rejoindre tous. Cependant Montréal vaut Alais dans les temps de paix, et mieux pour le séjour de la généralité, car le marquis de Vaudreuil n'a aussi passé qu'un mois à Québec. Pour Qué-

bec, comme les meilleures villes du royaume, quand

on en a ôté une dizaine, moins que Montpellier, mieux que Béziers, Nimes, etc., ete.; le climat sain, le ciel pur, un beau soieil; ni printemps ni automne, hiver ou été. Juillet, août et septembre comme en Languedoc, et au camp de Carillon où l'on est plus vers le sud, comme à Naples. Des jours de poudrerie, l'hiver, insupportables où il faut rester ren‘ermé: les dames spirituelles, galantes, diverses, à Québec joueuses; à Montréal conversation et danses, et mes amis les sauvages souvent insupportables, ei avec qui j'ai autant de patience que de flegme. » Durant la mauvaise saison eurent lieu les courses accoutumées, à la recherche de prisonniers et de chevelures. Celle dont fut chargé Rigaud eut quelque importance; le détachement fort de 1,400 hommes (500 réguliers, 600 Canadiens et 300 sauvages) partit de Montréal en plein hiver et parvint aux abords du fort William Henri le 18 mars. ll lui fallut accomplir cette marche de 60 lieues « la raquette au pied (1), ayant ses vivres sur des trains que l’on peut, dans les bezux chemins, faire tirer par des chiens, cou-

(1) Montcalm au ministre. Montréal, 24 avril 1757, Archives de la Guerre.

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