EXPÉDITION DE RIGAUD
chant au milieu de la neige sur la peau d'ours avec une simple voile qui sert d'abri contre le vent. » Rigaud incendia tous les magasins extérieurs des Anglais, # barques et 300 bateaux, des approvisionnements de bois; mais, dépourvu d'artillerie, il ne produisit aucune impression sur le fort dont il fit sommer inutilement la garnison. Le major anglais Eyres (1) qui avait sous ses ordres #74 hommes, dont 128 malades, ne se laissa pas intimider; cependant il ne put empêcher quelques volontaires, conduits par l'officier français Wolf, de mettre le feu à une barque sur le chantier, prête à être lancée. Rigaud rentra sans encombre à Carillon avec ses contingents Ce n’est pas sans légitime orgueil que Montcalm parle de la part que les soldats de ligne avaient prise à l'expédition : « Comme nous n'avons point usage de pareilles marches en Europe, et que les Canadiens, accoutumés à se vanter, assuraient que nos troupes ne pourraient soutenir ces fatigues, je m'étais attaché à bien choisir à tous égards les officiers et les soldats. Aussi ils ont été forcés de convenir que nous ne leur avons cédé en rien. D’être six semaines marchant et couchant quasi toujours sur la neige ou sur la glace, réduits au pain et au lard, et à souvent trainer ou porter des vivres pour quinze jours, vous présentera l'idée d’une fatigue inconnue en Europe; on l’a soutenue avec beaucoup de gaieté et pas le moindre murmure... Parmi les diverses souffrances que l’on a eues dans ce détachement, l'on a éprouvé un accident singulier; c'est celui de perdre la vuc totalement par la réflexion du soleil sur la glace. Il ya eu au retour un tiers du détachement aveugle, tant des Canaliens et sauvages que des nôtres, que leurs camarades étaient obligés de mener comme des Quinze- Vingts, mais au bout de deux fois vingt-quatre heures on recouvre la vue avec des remèdes faciles. »
(t) Rapport du major Eyres, 24 mars 1757. Record Office.
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Cette pointe hardie sur la frontière anglaise fut le prélude d’une opération plus importante. Il s'agissait de s'emparer des forts ennemis du lac George et de l'Hudson. A cette fin, Vaudreuil avait profité du prestige gagné à Chouaguen pour enrôler au service de la France un grand nombre de sauvages restés jusqu'alors neutres ou hostiles. Pendant le printemps il y eut à Montréal force cérémonies, remises de colliers et de porcelaines, harangues célébrant les vertus du père Onontio et flétrissant les méfaits des frères anglais, distributions de cadeaux et rasades d’eaude-vie. Parmi les ambassadeurs des tribus indiennes, on se félicita de compter ceux de la puissante confédération des Cinq Nations iroquoises, jusqu'alors inféodées à la Grande-Bretagne. Le terrain ainsi préparé du côté des auxiliaires, il fallut penser à l'alimentation de l’armée qu'on allait mettre en campagne ; le gouverneur y pourvut par un prélèvement sur les réserves des habitants. « Ils vivent actuellement, écrit Vaudreuil (1), de blé d'Inde, de laitage et de légumes; on ne trouverait chez eux ni farine ni lard; ils se sont exécutés avec autant de générosité que de zèle pour le service du Roi. »
Enfin, on sat à la fois la concentration des forces anglaises à Halifax, et la réunion à Louisbourg de la grande escadre française. « Nous avons appris, écrit Montcalm (2), que l'ennemi, qui avait recu des forces considérables, méditait une entreprise maritime que nous avons cru menacer Louisbourg. Les nouvelles que nous venons d'en recevoir nous rassurent, attendu l’arrivée de nos escadres: mais la situation de cette colonie est toujours très critique. Il ne nous est arrivé jusqu’à présent que fort peu des vivres qui ont été demandés en France. Cependant il nous est nécessaire d’en avoir en abondance. 1l nous est ar-
(1) Vaudreuit au ministre, 12 juillet 1757. Archives des Colonies. (2) Montcalm au ministre Montréal, 11 juillet 1757. Canada. Archives des Colonies.
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