L'ESCADRE DE DUROIS DE LA MOTTE A LOUISBOURG
rivé le mois dernier un millier de sauvages des pays d’En Haut dont plusieurs viennent de # ou 500 lieues. Il faut tâcher de mettre à profit le séjour onéreux de pareilles troupes. Nous croyons Milord Loudoun à Halifax. Nous rassemblerons vers le 20 environ 7,000 hommes. »
Les circonstances étaient en effet propices pour le coup de main projeté. Loudoun, fidèle au programme arrèté avec le gouvernement de la métropole, s'était embarqué à New-York avec 3 bataillons; bravant le risque de rencontrer la division de M. de Beauffremont qui avait précédé de plusieurs jours au Cap Breton la flotte anglaise, il mit à la voile pour Halifax, y parvint le 30 juin, et neuf jours après fut rejoint par l’amir?l Holborne avec son escadre, escortant le corps expéditionnaire venu d'Irlande. Y compris les 3 régiments déja dans la Nouvelle-Écosse, Loudoun se vit à la tête de 16 bataillons de ligne, soit, en y comprenant l'artillerie et quelques compagnies de chasseurs, 1% à 15,000 combattants. Holborne avait sous ses ordres 16 vaisseaux de ligne et # frégates. Malgré la confiance que devait leur inspirer la présence de forces aussi imposantes, le général et l'amiral tombèrent bientôt d’accord sur l'impossibilité de rien tenter contre Louisbourg qui leur avait été désigné comme objectif de l’entreprise commune.
Grâce à un effort énergique de la cour de France qui ne se renouvela pas durant la guerre, on avait pu réunir à l'Ile Royale une flotte aussi puissante que celle de l’ennemi. Le comte de Beauffremont, avec cinq vaisseaux et une frégate, était arrivé le 28 mai de Saint-Domingue après une croisière heureuse au cours de laquelle il avait capturé le vaisseau anglais /e Greenwich; il y fut rallié le 5 juin par l’escadre de Toulon forte de quatre vaisseaux, et le 20 par celle de Brest qui se composait de neuf vaisseaux et de trois frégates. Vers la fin de juin, l'amiral Dubois de la Motte commandait à 18 bâtiments de haut bord
et cinq frégates; ses instructions (1), rédigées avec la prudence du temps, lui enjoignaïent, « comme premier projet, de garantir les places que les ennemis voudront attaquer ou menacer. » A cet effet il aurait à se concerter avec les gouverneurs du Canada et de l'Ile Royale; si l'occasion s’en présentait, il saurait profiter de la supériorité numérique qu'on lui supposait sur les Anglais pour attaquer et détruire leur flotte; mais sur ce point le Roi s’en rapporterait « à ce qu'il croira devoir faire sans compromettre les forces qui iii sont confiées et dont la conservation intéresse si essentiellement celle de la marine. » Dubois de la Motte, qui avait pris part aux belles campagnes de Duguay Trouin, n'avait pas oublié les traditions glorieuses de cette époque; mais l’ardeur qu’il empruntait à ces souvenirs de jeunesse était forcément attiédie par son grand âge et par ses cinquante-neuf ans de service. Cependant la fortune paraissait sourire à la France: l’escadre anglaise attendue journellement à Halifax n'avait pas encore paru; elle arriverait probablement par divisions et serait embarrassée des transports chargés de troupes. N'y avait-il pas là une de ces chances qu'un capitaine entreprenant doit savoir mettre à profit, et que l’illustre prédécesseur de Dubois n’eût pas laissée échapper? L’amiral en eut certainement la pensée ; il donna ordre « à toute son escadre de faire de l’eau et du bois avec la plus grande célérité pour être en état de sortir sans retard »; mais ce bon mouvement n'eut pas de suite. D'ailleurs les prétextes. les raisons (2) ne manquaient pas pour justifier le maintien de la flotte dans la baïe de Louisbourg. La maladie et la mortalité, dues à la mauvaise installation à bord et à la nourriture défectueuse des matelots, avaient déjà fait de
(1) Instructions à Dubois de la Motte, 9 avril 1757. Archives de la Marine.
(2) Correspondance de la flotte. En rade de Louisbourg, 19 juin 1757. Archives de la Marine.
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