‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 126 sur 385 · LOUDOUN RENONCE A ATTAQUER LOUISBOURG · texte numérisé non relu

LOUDOUN RENONCE A ATTAQUER LOUISBOURG

tels ravages que certains vaisseaux n'auraient pu naviguer sans compléter leurs équipages. On était à mème de le faire il est vrai en prélevant du monde sur le régiment de Berry qu'on avait amené de France; mais à en croire les avis du Canada, ce renfort était indispensable à la défense de la colonie. De plus, et c'était là l'argument décisif, les instructions de la cour parlaient surtout de la conservation de Louisbourg, et pour y pourvoir « il fallait la présence du général, ainsi que les bras qu'il pourrait journellement fournir de son escadre, pour accélérer la construction des batteries ct retranchements qu'il jugeait absolument nécessaires dans les différentes anses où l'ennemi était à mème de tenter une descente. »

Les conseils timides prévalurent. Dubois se borna à faire croiser deux frégates en reconnaissance , expédia à Québec deux vaisseaux de ligne et deux transports avec les bataillons de Berry, et en attendant la venue des Anglais, employa ses matelots aux travaux de fortification, organisa des compagnies pour le service à terre , et fit tous ses préparatifs pour repousser une attaque dont l’ennemi avait déjà abandonné l’idée.

Avrès avoir passé à Halifax une partie du mois de juillet à des simulacres de débarquements qui lui valurent les critiques et les moqueries de ses lieutenants (1), Loudoun s'était décidé à renoncer à l’entreprise contre Louisbourg. « Avec les forces que l’ennemi a dans la place, écrit-il à Pitt (2), il peut sortir et livrer bataille à notre flotte, et quand même nous aurions raison de ses gros vaisseaux, nos transports courront les plus grands dangers de la part des frégates dont ils ont plus que nous. » A l’appui de sa résolution, le gouverneur joignit une lettre de l'amiral anglais conçue dans le même sens.

(1) Le major général Lord Ch. Hay fut à ce sujet mis aux arrêts et renvoyé en Angleterre.

(2) Loudoun à Pitt. Hakfax, 5 août 1757. Record Office. Londres.

Cependant, au reçu d'ordres formels de sa cour, Holborne dut établir la croisière au large de l'Ile Royale. Ses équipages avaient souflert presque autant que ceux de Dubois; il remplaca les 200 morts et les 1,000 malades qu'il avait dû débarquer, par 700 grenadiers empruntés à l’armée de terre, et parut devant Louisbourg avec seize vaisseaux, une frégate, deux sloops et un brulot. Il put compter dans la baie l'escadre française, qui depuis le départ du détachement pour Québec était égale à la sienne. « J'aurai soin, écrit-il (1), de rester dans l’ouest afin qu'ils n'arrivent pas à Halifax, s'ils en ont l'intention, sans me rencontrer sur leur route. »

Dubois, fort préoccupé de la santé de ses hommes, songcait beaucoup plus aux moyens de rentrer en France qu’à une tentative contre la Nouvelle-Écosse. Vers le milieu de septembre, Holborne, qui dans l'intervalle s'était renforcé de quatre vaisseaux et avait complété son personnel, vint reprendre le blocus; fort de sa supériorité, il annonce l'intention « de poursuivre la flotte française, si elle s'échappe de la baie, jusque sur les côtes de France. » Cette menace ne put se réaliser; le 24 septembre une tempête épouvantable vint disperser ses vaisseaux et en mettre plusieurs hors de service. « Si le vent avait soufflé à la côte une heure de plus (2), tous les bâtiments de l’escadre auraient été perdus... le 26 au matin j'en avais seize en vue dont six démâtés. » Un navire anglais, le T'ilbury, se perdit sur les rochers de l’Ile Royale avec une partie de son équipage; les survivants, au nombre de 230, furent recueillis par les Français. Quant à Holborne, il dut s’estimer heureux de rallier à Halifax le reste de ses vaisseaux dont la plupart en mauvais état: puis il regagna l’Angleterre sans pouvoir exécuter les ins-

(1) Holborne à Holdernesse, En rade de Louisbourg, 20 août 1757. Record Office.

(2) Holborne à Pi. En mer, 29 septembre 1757, Record Oflice.

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