‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 127 sur 385 · RETOUR EN EUROPE DES DEUX ESCADRES · texte numérisé non relu

RETOUR EN EUROPE DES DEUX ESCADRES

tructions énergiques que venait de lui apporter une dépêche de Pitt (1).

Bien qu'abritée dans la rade de Louisbourg, l’escadre de Dubois avait aussi souffert de la tempête; le Tonnant, vaisseau de 80 canons, ct la frégate l'Abekanise furent jetés à la côte; il fallut les relever et les réparer; le seul carénage (2) que possédait le port ayant été rendu inaccessible par les Anglais lors de leur occupation avant 1748, et n'ayant pas été remis en service depuis, ce travail présenta des difficultés et demanda du temps. Enfin, le 20 octobre les ordres furent donnés de se tenir prêt à apparciller. Pendant l’été, le scorbut et les fièvres putrides avaient décimé le personnel; les matelots, privés de pain, de viande et de légumes frais, mal vêtus, entassés dans des pêcheries qui servaient d’hôpitaux, n'ayant d'autre nourriture que du biscuit, du lard, de la morue, mouraient comme des mouches; sans l’arrivée du navire l’Apollon avec des vivres, on aurait été réduit aux dernières extrémités; en quatre mois on avait perdu 1,#00 hommes. Il fallut laisser à terre la plus grande partie des malades, et malgré l’embarquement d’un millier de prisonniers anglais provenant des prises de la saison, mettre à la voile avec des effectifs très insuffisants. La navigation de retour fut heureuse; l’escadre se retrouva à Brest le 23 novembre au complet, à l'exception de deux frégates qui, séparées en route, tombèrent aux mains des Anglais.

L'épidémie qui avait sévi durant la traversée continua ses ravages à Brest. « Notre situation est toujours à peu près la même, écrit l’intendant Hocquart (3), j'en ai fait dresser le triste tableau ;.. depuis l’arrivée de l’escadre il est entré dans nos hôpitaux ou resté malade en ville, tous à la charge du Roi, 7,184 malades, dont 4,280 actuel-

(1) Pitt à Holborne, 17 juillet 1757. Recor: Office. (2) Beauffrement au ministre. En rade de Louisbourg. Archives de la Marine. (3) Hocquart au ministre. Brest, 19 décembre 1757 Archives de la Marine.

lement attaqués, 1,068 morts et 1,836 convalescents congédiés ; tout cela compose la plus grande partie de l’équipage... Nombre de bourgeois de la ville qui ont des malades chez eux ne résistent pas au virus; peu de personnes se présentent pour soigner les malades; j'en fais engager le plus qu'il est possible pour ce service et à haut prix... je continue à demander à M. Le Bret des chirurgiens (1); nous épuisons la province; dans le nombre de ceux qui sont employés, étrangers ou des nôtres, nous en avons 75 hors de combat, dont 20 convalescents incxpables de service. »

Sous le règne de Louis XV, on n'était pas plus exigeant à l'égard des commandants des forces navales que pour les généraux de terre; aussi en dépit du peu d'initiative montré pendant la campagne de 1757, sut-on gré à Dubois de la Motte d’avoir empêché l'attaque projetée contre Louisbourg et d’avoir ramené ses vaisseaux en France; il fut bien accueilli par le Roi, et obtint (2) les honneurs et les appointements de vice-amiral en attendant une vacr ©e.

Revenons maintenant au Canada , et voyons le parti que tirèrent les Francais de l’absence de Eoudoun et de ses régiments. Nous avons laissé Montcalm à Montréal, très occupé des pourparlers avec les auxiliaires sauvages, et surveillant le départ des troupes, des approvisionnements et du train d'artillerie pour le lac Champlain. Il se mit en route le 12 juillet et arriva six jours après à Carillon; il y trouva Lévis et Bourlamaque avec toute l’armée, forte d'environ 8,000 hommes, et composée d'éléments des plus hétérogènes (3). Les 6 bataillons de ligne et les compagnies de la marine, les détachements d'artillerie et du

(1) Voir sur !es détails de l'épidémie, qui fit plus de 7,000 victimes, Luynes, vol. XVI, p. 476.

(2) Lettre du Roi, 20 mars 1758. Archives de la Marine.

(3) Rapport des opérations rédigé par Bougainville. Archives de la Guerre.

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