LES AUXILIAIRES SAUVAGES
cénie présentaient un effectif de %,300 hommes d'excellentes troupes ; à côté d'eux servaient environ 3,000 miliciens du Canada organisés en 7 bataillons, et 1,800 sauvages. Ceux-ci se divisaient en 800 domiciliés, Hurons, lroquois et Abenakis pour la plupart, et 1,000 appartenant au pays d'En Haut, les uns et les autres accompagnés de leurs interprètes et dirigés par quelques officiers de la colonie. Les premiers, chrétiens de nom sinon de mœæurs, avaient été tirés des villages indiens du Canada. Malgré le léger vernis de civilisation iiculqué par les missionnaires qui les suivirent pendant l'expédition, ils étaient tout prêts à imiter l'exemple d'indiscipline et de cruauté que leurs compatriotes des pays d'En Haut ne manqueaient pas de leur donner. Ces derniers, recrutés dans les tribus païennes (1) du Détroit et des districts limitrophes des grands lacs, étaient de véritables sauvages dans toute l'acception du mot. Insubordonnés, vaniteux, ne se battant qu'à leur heure et selon leur fantaisie, avec cela braves, endurants, marcheurs émérites, c'étaient de bons éclaireurs, mais des soldats détestables. Brutaux par nature et par habitude, l'ivresse les transformait en fous furieux, capables de toutes les atrocités.
Ce n'était pas sans appréhension que l'état-major francais envisageait l'obligation de faire campagne avec des alliés de cet acabit. « Nous aurons, écrit Bougainville à son frère (2), près de 8,000 hommes, dont 1,800 sauvages, nus, noirs, rouges, rugissant, mugissant. dansant, chantant la guerre, s'enivrant, demandant du bouillon c’est-àdire du sang, attirés de 500 lieues par l'odeur de la chair fraiche et l’occasion d'apprendre à leur jeunesse comment on découpe un humain destiné à la chaudière. Voilà nos
(1) Parmi ces sauvages d'En Haut les groupes principaux se composaient d'Outaouais du Détroit, de Sauteux, de Mississagues de Toronto, de Folles Avoines, de Miamis, de Puants, de Renards, ete,
(2) 30 juin 1757. Jeunesse de Bougainrille, p. 72.
camarades qui jour et nuit sont notre ombre. Je frémis des spectacles affreux qu'ils nous préparent. » Le jeun: aide-de-camp ne croyait pas être si bon prophète.
Le début de l'expédition fut signalé par une reconnaissance audacieuse de l'officier colonial Marin qui poussa jusque sous les murs du Fort Lydius (Édouard), et par un combat heureux sur le lac Saint-Sacrement (George, Montcalm en rend compte au gouverneur (1) : « Les Outaouais, qui étaient arrivés avec moi, et que j'avais déterminés pour aller en découverte du côté du lac, avaient renoué le projet de donner une correction aux berges anglaises, et vous allez voir, monsieur, qu'elle à été étoffée. C'est avant-hier que monsieur votre frère forma un détachement, ainsi que nous en étions convenus, pour aller avec eux... Ils ont resté embusqués toute la journée d'hier et la nuit. Les Anglais ont paru à la pointe du jour sur le lac, au nombre de 22 berges, y compris 2 esquifs. Leur détachement était de 350 hommes, commandés par le sieur Parker, colonel... Les cris de nos sauvages leur ont imprimé une telle fraveur qu'ils n'ont fait qu'une faible résistance; deux seules berges se sont sauvées; toutes les autres prises ou coulées à fond; les sauvages en ont ramené six qui nous seront fort utiles. J'ai ici 151 prisonniers dont 13 à l'hôpital, et 5 officiers. Je ne vous avance pas trop de vous assurer qu'il y à eu environ 160 hommes tués, noyés où mis à la chaudière. M. de Corbière commandait le détachement. »
Au dire des prisonniers, les garnisons des forts anglais ne se doutaient pas de l'approche des Francais : « Cependant le général Webb, suivant eux, arrive demain ou aprèsdemain au fort George. N'importe, je vous en rendrai bon compte avant douze jours d'ici. Vous voyez, monsieur, que la fortune se déclare dès mon arrivée, et ces deux évène-
(1) Montcalm à Vaudreuil, Carillon, 25 juillet 1757. Archives des Colonies. Canada.
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