PORTAGE DE LA CHUTE
ments-ei donnent la plus grande confiance aux sauvages avec qui j'ai été en conseil toute la journée... Je serai demain, à la petite pointe du jour, à la Chute, et à six heures au camp de monsieur votre frère pour passer en revue le bataillon de la marine, voir la composition de nos brigades de milices, tenir conseil avec les Nations, et indiquer le grand conseil où je dois leur présenter au nom du Roi le grand collier que vous m'avez remis. »
Le lac George, au fond duquel était situé le fort anglais
de William Henri, but de l'entreprise, communique avec le lac Champlain, sur les bords duquel s'élevait Carillon, point de concentration de l'armée de Montcalm; mais la rivière qui sert de trait d'union n'est qu’une succession de apides qu'aucun bateau n'eût pu remonter, Pour franchir ce défilé, il fallut transporter à bras tout le matériel. Stimulés par l'exemple de leur général, les soldats s’attelèrent à cette besogne avec un entrain admirable. «Avec toute l'activité imaginable de la part des chefs, raconte Bougainville (1), le plus grand zèle de la part des troupes, ce portage d'une artillerie considérable, de munitions de eucrre de toutes espèces, de vivres pour nourrir l’armée pendant près d'un mois, de 250 bateaux, de 200 canots, ne put être achevé que dans la nuit du 31 juillet au 1” août. Nous n'avions ni bœufs, ni chevaux. Tout se faisait à bras d'hommes, et dans les derniers jours des brigades enlivres, leurs lieutenants-colonels à la tête, se relevaient pour cet ouvrage aussi long que pénible. »
Aussitôt le portage de la Chute dépassé, on se trouvait sur les rives du lac George, et à même d'employer la voie d'eau; mais le nombre d'embarcations était insuffisant pour tout le corps expéditionnaire. Le chevalier de Lévis, avec un détachement de 2,000 hommes, dut se frayer un chemin à travers les bois; le rendez-vous fut fixé à la baie
(1) Rapport des opérations rédigé par Bougainville. Archives de la Guerre. |
de Ganaouska, à quatre lieues de la position anglaise, Ces mesures prises, il fallut les faire agréer par les sauvages. À cet effet Montcalm convoqua une assemblée générale. « Dans ce conseil, anquel les Nations se placèrent suivant les rangs établis par elles, il leur présenta, au nom du Roi, un collier de 6,000 grains pour lier tous ces peuples différents entre eux et avec lui, en sorte qu'ils agissent de concert, et qu'ils ne pussent se séparer ni le quitter avant la fin de l'expédition. Cet acte solennel d'usage élait dans la circonstance présente plus important que jamais, car depuis plusieurs jours, à peine pouvait-on retenir ceux qui avaient eu part au combat sur le lac Saint- Sacrement, ces peuples se faisant un scrupule de courir encore les hasards de la guerre après un suecès, prétendant que c'est tenter le maitre de la vie et s’attirer de mauvais présages.. Drns ce même conseil, le marquis de Montcalm demanda aux Nations la réponse aux propositions que la veille il avait faites à leurs chefs, au sujet de la marche de l'armée, de la route à tenir dans les bois, du jour du départ et de ses autres dispositions : car ces peuples indépendants, dont le secours est purement volontaire, exigent qu'on les consulte, qu'on leur fasse part de tout, et souvent leur opinion ou leurs caprices sont une loi pour nous. » Avec de tels auxiliaires le commandement n'était pas une sinécure; pendant les opérations du portage, auxquelles il eut été inutile sinon dangereux de les employer, ils « s'ennuyaient (1) de leur oisiveté dans un camp où il n'y avait à boire ui eau-de-vie, n1 vin. Nos domiciliés à la vérité, enfants de la prière, y donnaïent de l’occupation aux missionnaires auxquels la journée suffisait à peine pour les confesser; mais cet exercice pieux n'etait pas pour les nations des pays d'En Haut dont l'esprit, superstitieux et inquiet à l'excès, jonglait, rèvait et se fi-
(1) Rapport des opérations. Archives de la Guerre.
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