CAPITULATION DU FORT
Malheureusement pour la renommée de Montcalm et de son armée, ce beau fait d'armes fut terni par l'horrible massacre qui suivit l'évacuation de la place. Le général s'était cependant entouré de garanties qui devaient paraitre suffisantes; avant de signer la convention, il avait eu soin de réunir les principaux des sauvages, de leur exposer les conditions qu'il se proposait d'accepter, d'obtenir leur assentiment et la promesse qu'il n'y serait pas fait d'infraction. « Les chefs (1) l'assurèrent unanimement qu'ils approuvaient tout ce qu'il ferait, et qu'ils empècheraient leurs jeunes gens de commettre aucun désordre. » Bougainville qui, sans doute, à cause de sa connaissance de la langue anglaise, avait été choisi pour rédiger et négocier la capitulation, fit preuve de prévoyance. « Avant que de retourner à la tranchée (2), j'eus, suivant les instructions que j'avais recues, la plus grande attention à faire jeter le vin, l’eau-de-vie, toutes les liqueurs enivrantes; et les Anglais sentirent aisément de quelle conséquence il était pour eux de prendre cette précaution. À midi la garnison sortit du fort avec ses eflets et se retira, ainsi qu'on en était convenu, dans le camp retranché dans lequel on fit passer un détachement de nos troupes, demandé par les Anglais mèmes. M. de Montcalm ordonna aussi aux officiers et interprètes attachés aux sauvages d'y demeurer jusqu'au départ des Anglais: M. de Bourlamaque prit possession du fort avec les troupes de la tranchée; il se contenta de placer des gardes à la pou dricre et au magasin des vivres. Le reste fut abandonné au pillage; il eût été impossible de l'empècher. Malgré toutes les précautions qu'on avait prises, les sauvages, entrés dans les retranchements des Anglais, voulaient piller leurs coffres: ceux-ci s'y opposant, il était à craindre quil ne s'ensuivit quelque grand désordre. M. le marquis de
(1 Relation déjà citée. Archives de la Guerre. (2) Kapport des opérations. Archives de la Guerre.
Montcalm y accourut sur-le-champ; prières, menaces, caresses, conseils avec les chefs, entremise des officiers et interprètes qui ont sur ces barbares quelque autorité : il employa tout pour les arrêter et les contenir. Enfin à neuf heures du soir il parut en être venu à bout; il obtint même qu'outre le détachement de 300 hommes, les officiers et interprètes stipulés par la capitulation, il marcherait avec les Anglais. pour les escorter jusqu'au présent fort Édouard, deux chefs par Nation. »
Il semblerait que l'expérience de Chouaguen, la conduite des sauvages dans le camp retranché, le pillage du fort après l'évacuation, le massacre de quelques malades ho: et blessés restés dans les casemates (1), eussent suffi pour convaincre l'État-major francais de la nécessité de redoubler de surveillance. Il n'en fut rien : Le détachement commandé pour la protection de la garnison, ne | fut composé que de 200 hommes des bataillons de la
Reine et du Languedoc, sous les ordres d’un capitaine: | l'heure du défilé, fixée d'abord à minuit, fut remise à | six heures du matin; les officiers supérieurs se fiant à la
parole des chefs indier<. .‘imés de fatigue à la suite des
travaux du siège, n'ass..tccent pas au départ. La colonne se mit en marche, précédée d'un peloton francais et flanquée d'une foule de femmes ei d'enfants attachés aux soldats britanniques. « M. de Laas, commandant de l'escorte, recommanda aux Anglais de se tenir toujours serrés et de suivre sans intervalles. Lui-mème se tint à la porte du camp pour faire filer... Toutes ces précautions, continue Desandrouins (2) dont Île récit très circonstancié est empreint de l'accent de la vérité et de la loyauté, ces variations dans les arrangements du départ, ces faux avis, et
ms
Fe les cérémonies que nous observions pour traiter avec des
sauvages, et surtout cette manière timide et circonspecte
(1) Récit du Père Roubaud cité par Casgrain. Montcalm el Lévis. (2) Desandrouins, p. 103 et suivantes.
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