‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 132 sur 385 · MASSACRE DE SOLDATS ANGLAIS · texte numérisé non relu

MASSACRE DE SOLDATS ANGLAIS

d'agir avec eux, avaient tout naturellement inspiré aux Anglais une grande appréhension de ces barbares pour le moment. où ils se trouveraient en rase campagne, exposés à leurs insultes. Aussi se troublèrent-ils dès qu'ils apercurent quelques-uns de ces sauvages, au nombre peut-être

d'une cinquantaine, que la curiosité encore plus que l'en-

vie de butiner avait attirés dans ce moment-là aux retranchements. Ils étaient mème sans armes. Voyant la colonne qui comniençait à défiler, ils coururent pour la voir. La tète se serra rapidement sur le petit détachement qui la précédait. Ceux des Anglais qui n'étaient pas sortis se retinrent et parurent balancer; il se fit une éclaircie dans l'intervalle. On envoyu ordre à la tête de ralentir sa marche. Les sauvages s'approchèrent : le trouble augmenta, et le flottement qui s'ensuivit les enhardit jusqu'à faire quelques gestes menacçants. Les soldats anglais un peu écartés se crurent trop heureux de livrer leurs sacs ou leurs armes, pour rejoindre le gros de la troupe. D'autres sauvages pillèrent dans le camp quelques effets abandonnés. Les nègres qu'ils purent saisir furent enlevés sans scrupules, et peut-être aussi quelques blancs à la suite de l'armée, dans ce premier moment de confusion. Il était encore possible de rétablir l'ordre, et les officiers de l’escorte s’y employèrent de leur mieux. » Leurs efforts ne furent pas couronnés de succès. Les pillards coururent au camp montrer leurs trophées et appeler leurs camarades. Un officier anglais crut apaiser l'affolement en faisant mettre la crosse en l'air: quelques hommes démoralisés rendirent leurs fusils, d'autres se les virent arracher par les sauvages. Ces derniers s'excitèrent de plus en plus en buvant le rhum et l'eau-de-vie qu'ils trouvèrent dans les sacs. « Alors (1) ce fut de véritables tigres en fureur. Le casse-tête à la main, ils tombèrent impitoyablement sur

it) Desandrouins, p. 107.

les Anglais qui, remplis d'effroi, achevèrent de se disperser à; ils se ruèrent sur les femmes et les enfants, tuèrent quelques-uns des soldats, °n dépouillèrent d'autres et les emmenèrent captifs. L'e orte, complètement débordée, essaya vainement de pioléger les fuvards, surtout les officiers: elle fut assaillie à son tour, et dans la bagarre perdit (1) un homme tué et plusieurs blessés.

«1 ne se trouva pas malheureusement, raconte Desandrouins (2), pendant tout ce désordre , aucun officier canadien, ni interprètes qui ont généralement du pouvoir sur l'esprit des sauvages. On avait essuvé beaucoup de fatigues durant le siège; tout le monde reposait tranquillement. À la fin, M. de Montcalm, M. de Lévis, M. de Bourlamaque sont avertis. Ils accourent et donnent ordre d'employer là vive force s'il le faut. Interprètes, officiers, missionnaires, Canadiens, tous sont mis en œuvre et chacun s'efforce de son mieux à sauver les malheureux :nglais en les arrachant À leurs bourreaux. Ceux-ci, enivres ‘le sang et de carnage. n'étant plus capables d'écouter personne. Plusieurs àssomment leurs prisonniers plutôt que de les abandonner: un grand nombre les entrainent dans leurs canots et si chappent. M. de Montcalm, au desespoir de ne plus faire aucune impression sur les sauvag-s. s'écria en se découvrant la poitrine : « Puisque vous êtes des enfants rebelles, qui manquez à la promesse (que vous avez faite à votre Père et qui ne voulez plus écouter sa voix, tuez-le le premier. » Cette véhémence extraordinaire du général

efforts des officiers,

parut en impose” un peu. Grâce aux des interprètes, et « surtout sionnaires, » ON parvint à retirer 3 à 400 malheureux des mains des sauva-

ges. « Mange, mon père, de cette mauvaise viande à qui tu donnes la vie, » eriaient-ils (3) au général. Plus de

(1; Journal de M. de Malarlic capitaine de Bearn. Archives de la Guerre. 2 Desandrouins, p 108 et suivantes.

3) Relation des événements. Archives de la Guerre.

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