DÉTAILS DU MASSACRE
100 furent emmenés par les gens du pays d'En Haut, qui abandonnant l'armée, selon leur coutume, retournèrent à Montréal. D'autres Anglais, en assez grand nombre, qui se trouvaient en tête de la colonne, purent gagner le fort Édouard où ils arrivèrent en très piteux état. Les prisonniers recouvrés par Montcalm, au nombre desquels «tait le colonel Munroe, réunis à ceux qui s'étaient réfugiés dans le camp dès le début de l'affaire, furent placés sous bonne garde; parmi eux il y avait beaucoup de gradés qui furent recueillis par les officiers francais. Après un repos de quelques Jours, ils se rendirent sous escorte au fort Édouard, trainant avec eux la pièce de canon que leur avait allouée la capitulation.
Desandrouins, qui prit une part active au sauvetage, S'attacha surtout à tirer du péril des officiers anglais de l'artillerie et du génie avec lesquels il avait fait connaissance la veille. « F'eus l'obligation (1) à l'abbé Piquet du salut de M. Williamson qui m'arriva nud comme un ver et dans un pitoyable état. Par la suite, le même abbé parvint encore à arracher aux sauvages son uniforme salonné. femmenai ces pauvres infortunés dans ma tente ; je les habillai tant bien que mal, en quoi je fus aidé par les officiers d'artillerie francais. Je ne pus d'ailleurs les traiter que bien tristement avec des viandes salées, et nous eussions été réduits à ne boire que de l'eau, si M. de Montcalm n'avait eu l'attention de m'envoyer un bon baril de vin. »
Quant aux malheureux que les sauvages avaient entrainés à Montréal, quelques-uns furent massacrés en route ; Vaudreuil s'efforca de racheter les autres. Bougainville, qui avait quitté William Henri avec les dépêches pour le souverneur, aussitôt après la capitulation, et qui était à Montréal, fut témoin de scènes épouvantables : « On leur
(1 Desandrouins, p. 113.
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annonce (1) (aux sauvages) qu'il faut qu'ils rendent ces Anglais pris injustement, et qu'on les paiera deux barils d’eau-de-vie pièce. Mais ce rachat se fait nonchalamment; les Canadiens leur achètent des dépouilles des Anglais pour de l’eau-de-vie; ils font de très bons marchés; et cette liqueur, le dieu des sauvages, abonde dans leur
camp. Ils se saoulent, et les Anglais restés dans les cabanes \ | meurent cent fois chaque jour. Le 15 à deux heures après ( midi, en présence de toute la ville, ils en tuent un, le mettent à la chaudière, et forcent ses malheureux con- n patriotes à en manger. » Le gouverneur général fut ac- € cusé, avec quelque raison ce semble, d'avoir manqué f d'énergie; mais il est juste de reconnaitre que, loin de ; P l'armée, il était absolument dépourvu de moyens de cocr- | n cition sur ses cruels auxiliaires. En fin de compte, Vau- (à | dreuil réussit à recouvrer, non seulement les survivants de vi | la garnison de William Henri, mais aussi les prisonniers m
du combat du lac George; les premiers furent renvoyés à Boston, les seconds expédiés en Angleterre et échangés. Il est difficile d'évaluer le nombre des victimes; Vaudreuil parle de 5 où 6 Anglais tués, Bigot de 20: Lévis et le Père Roubaud sont d'accord pour le chiffre de 50, auxquels sans doute il convient d'ajouter les captifs massacrés dans les bois et pendant le retour à Montréal.
Laïfaire de William Henri donna lieu à une longue
correspondance entre les généraux des deux nations. Vau-
FE L# dreuil et Montcalm (2) s'efforcèrent d'atténuer l'importance du malheur en rejetant la responsabilité sur les soldats anglais, dont la désobéissance et l’affolement (3) au-
(1) Relation de Bougainville, Jeunesse de Bougainrille, p. 83. (2) Montcalm à Webb et à Loudoun, 14 août 1757. Archives de la Guerre
Fee Vaudreuil à Loudoun, 22 octobre 1757. Record Office.
HAE 44 (3) L'historien anglais Mante qui avait servi pendant la guerre d'Amérique, A Eva n'hésite pas à blâämer la conduite des soldats anglais et à absoudre Montcalm ï NN qui les aurait engagés à tirer sur les sauvages pour se défendre, History of ;
the late War, vol. I, p.95 et suivantes.
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