‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 134 sur 385 · DISSENTIMENTS ENTRE VAUDREUIL ET MONTCALM · texte numérisé non relu

DISSENTIMENTS ENTRE VAUDREUIL ET MONTCALM

raient encouragé l'agression des sauvages; ils réclamèrent énergiquement l'exécution de la convention. Le général Webb et Lord Loudoun (1) invoquèrent au contraire, pour s'y dérober, l'infraction flagrante aux conditions siænées; le débat se termina par une proclamation où le général Abercromby déclarait (2) la capitulation nulle et non avenue, et autorisait les soldats qui y avaient été compris à reprendre les armes contre la France.

La nouvelle victoire de Montcalm ne fil qu'envenimer les dissentiments qui existaient entre lui et le gouverneur. A en croire celui-ci (3), les illusions du général auraient été la cause initiale du massacre : « Peut-être cela ne serait point arrivé s'il avait voulu charger M. de Rigaud, les missionnaires, les officiers et les interprètes, du soin de contenir les sauvages; mais il était si prévenu qu'ils n’avaient confiance qu'en lui, qu'il m'écrivait dès le 6 de ce mois : « Les officiers, les interprètes, les missionnaires, sont en général des esprits de républicains, et j'ai le malheur que les sauvages paraissent n'avoir confiance qu'en MOI. »

Vaudreuil en voulut à Montcalm de ne pas avoir suivi son invitation d'attaquer le fort Édouard (Lydius), après la prise du fort William Henri : « Je n'ai aucun reproche à me faire à cet égard; j'éerivis mème à M. le marquis de Montcalm le 7 de ce mois, pour lui donner encore plus d'aisance et lui faire sentir encore plus l'importance de cette seconde expédition. Vous verrez, Monseigneur, que je m'attachais politiquement à le rassurer par rapport aux vivres; il n'avait qu'environ six heures de très beau chemin pour se porter au fort Lydius, et je suis dans la confance que la reddition du premier fort aurait infalible-

(1, Loudoun à Vaudreuil. Fort Edouard, 8 novembre 1757. Record Office. 2 Proclamation du général Abercromby. Fort Édouard, 25 juin 1758. Record Office, 3) Vaudreuil à Moras, 18 août 1757. Canada. Archives des Colonies. IF,

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ment opéré celle du second. J'aurais seulement souhaits que M. le marquis de Montcalm s'y füt présenté. »

Dans l'espèce il est probable que Vaudreuil avait raison. Sans doute le général avait d'excellents motifs à faire valoir pour son inaction : le départ des sauvages, qui, à l'exception de quelques domiciliés, étaient retournés che, eux pour célébrer leur victoire et pleurer leurs morts; la nécessité de renvoyer ses Canadiens aux travaux de la moisson; la difficulté, pour ne pas dire l'impossibilité, de transporter par terre, sans chevaux et sans bœufs, le pare de siège et les approvisionnements de l'armée ; enfin la crainte de trouver au fort Édouard des forces dépassant les siennes. Certes, au point de vue strictement militaire, ces considérations devaient peser sur la résolution du chef responsable, mais celui-ci ne sut pas faire entrer en ligne les influences morales qui jouent à la guerre un si grand rôle.

A en juger par le ton des dépèches du général Webb, il y à tout lieu de croire que l'approche de l'armée francaise eût été le signal de la retraite des Anglais. Dans une lettre du 5 août, où il fait part de l'investissement du fort William Henri, le commandant du fort Édouard mande 1 qu'il n'a sous ses ordres que 1,600 combattants, qu'il est hors d'état de secourir le colonel Munroe dont la résistance ne pourra se prolonger longtemps : « Si je ne recois pas, ajoute-t-1l, un renfort suffisant de milices pour sauver la place avant qu'elle ne tombe entre les mains de l'ennemi, je m'estimerai heureux de ne pas être obligé d'évacuer ce poste, pour en occuper un autre en meilleure condition où je pourrai tenir tête et protéger la province, car si jé! assiégé avecle peu de troupes que j'ai ici, et si mes communications avec Albany étaient coupées, tout serait à la merci des forces supérieures de l'ennemi. » Le 11 août, Webb rend compte de l’arrivée d'une partie de la garnison

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(1) Webb à Loudoun. Fort Édouard, 5 août 1757, Record Office.

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