DISETTE CROISSANTE AU CANADA
LA
des Chaleurs, aux 2,200 soldats de la garnison de Louisbourg, les Anglais pouvaient opposer vers la fin de 1757 23 à 2%,000 troupes de ligne (1), que viendraient seconder un millier de rangers et de nombreux cont'ngents fournis par les différents États de l'Amérique du Nord, Cependant, au commencement de l'hiver 1757-1758, ce n'était pas tant l’inféricrité de leur armée qui inquiétait les autorités du Canada, que la pénurie des vivres dont le déficit croissant faisait craindre une véritable disette.
Dès la fin d'août, un fonctionnaire dont les dilapidations restent tristement associées aux souvenirs des dernières années de Ja domination francaise, mais dont la capacité administrative ne peut être contestée, l’intendant Bigot, fait part (2) au ministre de ses pronostics. Il regrette le pillage de William Henri qui a privé le service du Roi de provisions qui auraient été fort utiles ; il n’a en magasin à Québec que 1,000 quarts de farine tout à fait insuffisants pour la subsistance de la ville et les besoins des forts de Frontenac, de Niagara et de la Belle Rivière. « Le Canada est fart heureux; ses projets réussissent tous et il bat les Anglais de tous côtés; raais il est malheureux dans ses récoltes. En voici une qui nous avait donné de grandes espérances et qui sera mauvaise; il gèle et il pleut depuis quinze jours ou trois semaines; es blés sont rouillés ct échaudés.. Si vous ne preniez pas, Monseigneur, des précautions pour assurer le départ des bâtiments chargés de vivres que le munitionnaire demande en France, la famine serait plus affreuse l’année prochaine à Québec qu'elle ne l'a été cette année. »
Dans un billet confidentiel, Montcalm (3) résume en
(1) État des troupes anglaises en Amérique, 24 juillet 1757. North America Various. Record Office.
(2) Bigot au ministre. Québec, août 1757. Canada. Archives des Co!onies.
(3) Montcalm au ministre. Québec, 18 septembre 1757, Archives de la Guerre.
termes énergiques les difficultés de ia situation : « Manque de vivres, le peuple réduit à un quarteron de pain. Il faudra peut-ètre réduire encore la ration du soldat. Peu de poudre, point de souliers: on a pris eux qui venaient. Nous sommes inquiets pour Louisbours... Vivres, poudre, balles et souliers de bonne heure. » La diminution prévue ne tarda pas à ètre réalisée: à partir du 1" novembre les | | troupiers logés dans les villes ne touchèrent plus qu’une
*, ( demi-livre ‘le pain et un quarteron de pois par jour, plus ( six livres de bœuf et deux livres de morue pour huit jours; ( quant aux bataillons cantonnés dans les paroisses rurales, D
ils partagèrent le sort des habitants; à la fin de l'année il fallut modifier la proportion de bœuf et lui substituer du cheval. À cette occasion il v eut, surtout à Montréai, des mutineries que Lévis apaisa par un mélange de tact, de
a bonne humeur et d'énergie, Les officiers supérieurs, Mont- :
calm, Lévis, Bourlamaque, prirent les devants en faisant d servir du cheval à leur table. « On mange chez moi, écrit dé
Montcalm (1), du cheval de toutes facons, hors à la soupe. »
Il donne son menu : « Petits pâtés de cheval à l’espagnole, escalopes de cheval, semelles de cheval au gratin, lan-
gue de cheval au miroton. »
Dans la société militaire et civile, à Québec et à Montréal, : LI on se consolait de cette maigre chère par des réunions fréquentes et surtout par un jeu elfréné (2), auquel, en dépit des ordonnances, beaucoup d'officiers, tant de France que de la colonie, prenaient part, suivant en cela le mauvais exemple de Bigot et de ses intimes. « L’intendant, relate Desandrouins, (3) a perdu pendant l'hiver 240,000 livres; plusieurs officiers ont gagné prodigieusement;
(1) Journal de Montcalm cité par l'abbé Casgrain. Montcalm et Lévis. Vol. 1, p. 332, ‘ (2) Voir pour la description de la société canadienne à cette époque l'abhé Casgrain. Montcalm et Lévis et Kerallain, Jeunesse de Bougainville. (3) Journal de Desandrouins cité par l'abbé Gabriel,
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