LETTRES DE L'EMPEREUR
quer, qu'une grande partie des magasins était perdue. Voilà en substance toute la lettre, car de Browne il n'est rien venu. » Le 30 avril, autre billet (1); l'Empereur conseille la concentration et une vigoureuse offensive: « pour de Browne nous ne savons rien du tout depuis la lettre du 26 qu'il vous a écrite, ce qui n'est pas trop bien. » Dans un post-scriptum , le correspondant du prince Charles oublie ses soucis pour transmettre son appréciation sur la meute de ce dernier qu'il venait d'inspecter : « Vos chiens sont arrivés, il y en a quarante-huit; ils sont d'espèce de chiens du nord et je crois horriblement lestes. »
Le 1°" mai on apprend que le Prince est à Prague : « Je ne vous saurais dire le plaisir que j'ai de vous savoir à l’armée, car il me semble que jusqu'à ce jour elle ne savait ce qu'elle faisait, mais il est vrai que toutes les lettres de l'armée soupiraient après votre arrivée; mais vous ne trouvez pas le: choses dans un trop bel aspect ou situation, mais Dieu peut tout, et il n’y a qu'à le prier de bon cœur pour son assistance et ses grâces, et j'espère qu’il nous les donnera. » Le pieux Empereur revient à sa tactique énergique : « Il est sûr qu'un ennemi qui depuis huit jours voit toujours reculer devant lui, doit être surpris dese voir attaquer, surtout si sa situation n'est pas inattaquable, car je crois toujours à l'avantage de celui qui attaque; mais il faut toujours tout bien discuter avec les généraux. » Ces recommandations, quelque peu naïves, ne produisirent pas grand effet à l'état-major du Prince, où les esprits étaient démoralisés par la rapidité de la retraite et la division de plus en plus apparente dans le commandement. Dans une lettre écrite après la levée du siège de Prague (2), le
(1) l'Empereur au Prince Charles, 30 avril et 19 mai 1757. Archives de la Guerre. Vienne.
(2) Prince Charles à l'Empereur, 29 juin 1757. Archives de la Guerre Vienne. Cogniazo, l'auteur des Souvenirs d'un Vétéran autrichien s'inscrit
prince Charles raconte les conciliabules qui précédèrent la bataille : « Deux jours avant l'affaire, j'ai proposé au feld-maréchal Browne de prendre une autre position pour nous rapprocher de l'armée du général Daun; mais il m'a dit que nous ne pouvions pas abandonner Prague sans que toute la monarchie coure risque, et que nous perdrions aussi notre magasin. J’avouerai à Votre Majesté que ce propos m'a un peu fâché, mais Lucchesi était témoin lorsque je lui ai répondu que notre position ne me plaisait pas. »
Quelle que fût la pensée personnelle du général en chef sur les avantages d’un mouvement qui eût eu pour conséquence de découvrir presque toute la Bohème, il se rangea à l'opinion de la majorité du conseil de guerre qui, cette fois, appuya les conclusions de Browne. L'armée de l’Impératrice s'établit aux environs de Prague sur un terrain qui, n’en déplaise au prince Charles, présentait pour la défense des avantages sérieux, et attendit de pied ferme l'assaut des Prussiens.
En résumé, le début de la campagne avait été désastreux pour les Autrichiens; presque sans coup férir, car à l’exception du combat de Reichenberg il n’y eut que des escarmouches insignifiantes, ils avaient évacué la moitié de la Bohème, sacrifié leurs dépôts de vivres et ébranlé le moral de leurs soldats. Dans les explications qu’elle jugea bon de fournir à Versailles, la cour de Vienne rejeta (1) la responsabilité de ces tristes résultats sur Browne. Ce général, convaincu que son adversaire ne bougerait pas de la Saxe, aurait trop dispersé ses divisions et n'aurait tenu aucun compte des avis qu'on lui envoyait de la capitale; de re-
en faux contre l'opinion attribuée à Browne; au moment où le prince Charles faisait son rapport, le maréchal était mort depuis peu des suites de sa bles-
sure. (1) Kaunitz à Stahremberg. Relation des affaires de Bohème, 24 mai 1757,
Archives de Vienne.
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