‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 154 sur 385 · BLOCUS DE PRAGUE · texte numérisé non relu

BLOCUS DE PRAGUE

moral acquis, pour retenir l'ennemi dans Prague et le réduire à capituler, soit par l'intimidation, soit par la famine. L'opération principale serait accomplie par le gros des forces prussiennes, tandis qu’un détachement suffirait pour surveiller et peut-être dissiper le rassemblement de Daun. Une succession ininterrompue de victoires, une confiance absolue dans ses talents militaires et dans la supériorité de son personnel, justifiaient aux yeux du Roi l’adoption d’un plan qui, en d'autres circonstances, eût paru téméraire. Bloquer 50,000 hommes de la trempe de ceux qu'on venait de combattre, munis d'une artillerie considérable et abrités derrière des fortifications, avec une armée à peine plus nombreuse divisée en deux fractions inégales dont la communication était à la merci d’une crue de la Moldau , une pareille entreprise paraitrait vouée à un échec certain, si des souvenirs récents et poignants n'étaient pas là pour nous rappeler que contre un chef démoralisé , incapable ou traitre, on peut tout oser. Frédéric venait d’éprouver le courage et la ténacité des soldats de Marie-Thérèse, mais il faisait peu de cas des généraux de l’Impératrice. Le meilleur, Browne, grièvement blessé, ne pourrait veiller à la défense; restait le prince Charles dont il connaissait le caractère timide et !< peu d'initiative. Sous un commandant de cette étoffe, l’armée assiégée demeurerait immobile et attendrait derrière ses remparts les secours du dehors; l’agonie durerait plus ou moins longtemps, mais la résistance finirait avec les provisions de la garnison. Pour hâter les événements, on essayeïait les moyens violents; s'ils étaient inefficaces, la famine aurait raison de Prague et des troupes qui y étaient enfermées. Quant à l’armée de Daun, peu redoutable encore, formée en grande partie de fuyards et de recrues, il serait facile de la maintenir à distance, peutêtre même possible de l’écraser avant qu'elle püt agir. En exécution de ce plan, dès le soir de la bataille, le roi

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Frédéric fit sommer (1) la ville de se rendre. Le maréchal Browne à qui on avait amené l'émissaire prussien, déclara, selon le style de l'époque, qu'on mériterait l'estime du | Roi par la défense qu'on y ferait. Les faits ne répondirent L'AUS guère à ce beau langage. Mais laissons la parole (2) à AN un officier francais attaché à l'État-major impérial : « Il était évident que l’armée autrichienne aurait pu s’échapper le lendemain 7 à la pointe du jour, par le petit côté de Prague, sur la rive gauche... Cet avis fut proposé enai A tre six et sept heures du soir à M. le maréchal de Browne, | pl. à chez qui se trouvait alors le prince de Saxe; le maréchal LRU. avait toute la présence d'esprit possible, et plus de force que sa blessure et une chute n'eussent dû lui laisser. » Browne approuva l'idée de la sortie, mais il se prononca {| pour une retraite par la rive droite; on lui objecta qu’elle se heurterait au gros des vainqueurs. Pour trancher la question, Charles convoqua un conseil de guerre qui ajourna l'opération, sous prétexte de la nécessité pour les soldats de quelque temps de repos. Les ?russiens pro- AA pee fitèrent de ce répit pour jeter un pont sur la rivière AR et pour compléter l'investissement. Le désarroi parmi les L° Autrichiens, s’il faut en croire le journal déjà cité, était

au comble. Pendant plusieurs jours, on ne donna aucun

ordre pour loger les iroupes « qui étaient depuis deux

fois vingt-quatre heures au bivouac dans les rues, dans

les places et au rempart. Le prince de Deux-Ponts, lieu-

tenant-général au service de France, qui faisait la cam-

pagne en qualité de volontaire, donna un fort mauvais exemple; il obtint la permission de faire demander par

(1) Ce fut par ce parlementaire que Frédéric apprit la présence à Prague du gros de l'armée autrichienne, qu'il croyait en fuite vers le sud. Voir à ce sujet Ammann.

8 (2) Journal du;siège depuis le 6 mai jusqu’au 20 juin 1757 rédigé par un officier français, probablement M. de Boisgelin ou M. d'Hautmont. Archives

de la Guerre.

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INERTIE DES ASSIÈGES. 309

un trompette, au roi de Prusse, pour se rendre à Munich, un passe-port qui lui fut d’ailleurs refusé (1). »

Tandis que les assiégés restaient inertes, les Prussiens s'emparèrent le 9 mai, presque sans coup férir, du Ziskaberg, et rapprochèrent de plus en plus leurs parallèles de l'enceinte. Après de nouvelles tergiversations et de nouveaux conseils de guerre, les Autrichiens renoncèrent à percer les lignes ennemies e* décidèrent de se renfermer dans la ville. « Comme chaque membre du conseil convenait de son incapacité dans l'attaque et la défense des places, et comme on n'avait qu’un seul ingénieur qui n'avait aucune connaissance ni le moindre usage de son métier », on eut recours aux lumières d’un Saxon, M. d'Hallot qui avait appris sa profession en France. Cet officier, quoique en butte à la jalousie des nationaux, fit adopter quelques mesures énergiques. On répara les murs, on ouvrit le chemin couvert, on reprit des postes extérieurs qui avaient été évacués, on établit des traverses pour se défiler du feu de l'attaque, on fit le recensement des provisions. Grâce à une sortie exécutée dans la nuit du 23 au 2% mai, et malgré un échec partiel, les Impériaux réussirent à s'établir dans un bâtiment nommé l’Angelica, situé sur les hauteurs voisines de la porte la Weisthor. Enfin, après vingt jours de blocus, le 26, on eut des avis du dehors. « Un capitaine (2) du régiment du prince Charles, qui avait été envoyé à Vienne depuis ja bataille, traversa l'armée prussienne et rentra dans la ville avec des dé-

(1) Le prince Charles, dans sa correspondance avec l'Empereur, défend ses officiers : « J'avouerai à Votre Majesté que tout le temps que nous avons été à Prague, je n'ai vu aucune discussion, surtout entre les généraux, bien qu'au commencement les officiers commencèrent à beaucoup raisonner; mais on les a fait taire. Je ne comprends pas comment on à pu dire cela, car j'ose assurer que cela n'est pas, mais qu'au commencement l'on était fort triste de se voir enfermer. » Prince Charles à l'Empereur, 29 juin 1757. Archives de la Guerre. Vienne.

(2) Journal du siège dejà cité.

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pèches de l'Impératrice. » La souveraine « recommandait (au prince Charles) de se défendre dans Prague jusqu'à l'extrémité, l'assurant qu'il serai secouru, et lui alléguant pour modèle la défense que les Français y avaient faite en moindre nombre, et ajoutant qu'ils s’y étaient couverts de gloire et qu’elle en attendait autant de l’armée qui s'y était retirée, puisque la sùreté et l'honneur de sa couronne en dépendaient. » L'approbation octroyée au maintien du prince Charles à Prague n'était pas de nature à lui inspirer des résolutions plus viriles que celles du passé.

Par contre, dans le camp de l’ssiégeant or ne restait pas inactif; le 29 mai à onze heures du soir, les Prussiens commencèrent des deux côtés de la Moldau à tirer sur la ville à boulets rouges. Un gros orage qui éclata pendant la nuit aurait pu donner un retour de fortune aux Autrichiens; non seulement il facilita l'extinction des incendies occasionnés par le feu ennemi, mais il produisit une crue rapide de la Moldau et entraina la rupture des ponts de comniunication entre les deux divisions de l’armée royale. Cet accident qui isolait le corps du maréchal Keith, et qui l'e:.posait à une attaque où l’assaillant aurait eu l’avantage du nombre, ne fut pas exploité. Pendant quarantehuit heures, du 30 mai au 1°" juin, les 15,000 hommes de Keith furent séparés de l'armée du Roi; durant tout ce temps, les Impériaux, dont l'effectif dépassait #0,000 combattants, ne firent pas un mouvement. Tout se borna de leur côté à des conciliabules, à des reconnaissances, à des projets aussitôt abandonnés que proposés. Le 1° juin. la canonnade reprit de plus belle sans provoquer une réponse &e l'artillerie de la place. A partir de ce moment, la monstonie du siège ne fut interrompue que par une sortie où l’on encloua une des batteries de siège du maréchal Keith, et par une nouvelle crue de la Moldau dont on ne profita pas plus que de la première.

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