‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 155 sur 385 · SOUFFRANCES DE LA POPULATION · texte numérisé non relu

SOUFFRANCES DE LA POPULATION

Cependant les souffrances de la population civile étaient de plus en plus cruelles (1); neuf cents maisons, tout le quartier de la Neustadt furent détruits par le bombardement dont la cathédrale conserve encore les traces; Îles vivres devinrent rares; le 9 juin il fallut réduire la ration de pain aux trois quarts de la quotité habituelle, et faire des distributions de viande de cheval. Malgré ces privations, et sans souci de l'épuisement des subsistances qui serait le terme fatal de la résistance, le prince Charles resta inerte jusqu'au bout. 11 assista impassible au départ des détachements que l’armée d'investissement ne cessait de faire, pour renforcer le corps d'observation opposé au maréchal Daun. Heureusement pour l'Impératrice le sort de l’armée de Prague, fort en péril ce semble s'il n'eût dépendu que de l'initiative de son chef, fut tranché sur le champ de bataille ds Kolin.

Pour ne pas interrompre je fil du récit, nous avons dû anticiper sur les événements; il nous fet maintenant remonter aux approches de la grande affaire de Prague, et nous rendre compte de l'impression produite à la cour autrichienne par les premiers échecs de la campagne.

La nouvelle de l'entrée des Prussiens en Rohème parvint à Vienne le 23 avril, et fut aussitôt transmise à Paris par le chargé d’affaires Ratte. À ce moment si critique pour l'avenir de l'alliance, Louis XV n'avait pas auprès de l'Impératrice de représentant attitré; l'ambassadeur désigné, le comte de Stainville Choiseul, était encore en France; il ne devait prendre possession de son poste qu'au mois de juillet suivant. Il s'écoulait en effet, à cette époque, entre la nomination d’un agent diplomatique et son installation, un intervalle de temps dont le moindre inconvénient était de remettre la sauvegarde d'intérêts importants entre des mains inexpérimentées, et en tout cas

(1) Cogniazo, vol. 11, p. 322. Preuss, vol. Il, p. 50.

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peu autorisées. Ce fut encore une dépêche de Ratte qui apprit à sa cour le départ du comte de Kaunitz pour la Bohème.

Ainsi que l'indique la correspondance de l'Empereur avec son frère, l'inquiétude augmentait de jour en jour à Vienne; on connaissait l'échec de Künigsegg et son recul devant l’envahisseur, on blâmait l’inaction de Serbelloni et on l’avait remplacé par le maréchal Daun; mais de l'armée principale sous les ordres de Browne, on n'avait pas de nouvelles; et quoique réconforté par l'avis de l’arrivée à Prague du prince Charles, on se demandait avec anxiété si sa présence suffirait pour obtenir dans le commandement l'unité de direction indispensable dans des cironstances aussi critiques. Ce fut dans ces conditions que le voyage de Kaunitz pour le théâtre des hostilités fut décidé. Laissons ce ministre en expliquer lui-même la raison : « Il m'a dit, raconte Ratte (1), que Leurs Majestés impériales avaient jugé à propos de lui ordonner de se rendre à l’armée pour remettre la tête aux généraux et rassurer les esprits... » Puis prévoyant les commentaires auxquels pourrait donner lieu une démarche aussi inattendue, « je me flatte, m'a-t-1l assuré en riant, qu'on n'imaginera pas en France que je vais en Bohème pour entrer en négociation avec le roi de Prusse. »

Quelques heures après cette conversation, Kaunitz était en route pour Prague. Mais entre temps, les événements s'étaient précipités : la bataille du 6 avait été livrée, il était impossible de rejoindre le prince Charles, et ce fut de Bühmisch Brod, petite vilie à quatre lieues de la capitale de la province, que le chancelier écrivit à ses souverains pour les informer du désastre. Après quelques précautions oratoires (2), il entame le récit des péripéties de l'affaire

(1) Ratte à Rouillé, 6 mai 1757. Affaires Étrangères. Autriche. (2) Arneth, vel. V, reproduit dans une note le texte du 1°" paragraphe de la lettre de Kaunitz du 8 mai.

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