BERNIS REMPLACE ROUILLÉ AUX AFFAIRES ÉTRANGÈRES
ministérielle, la cour de Vienne devait se féliciter de l’éloignement d’un homme dont on ne pouvait suspecter l'honnêteté, mais dont l'humeur susceptible et hargneuse avait retardé à maïntes reprises les pourparlers en cours, et dont les sentiments intimes à l’égard de l'Autriche étaient sujets à caution. S'il faut s’en rapporter à Stahremberg (1), Rouillé, au moment même où, sur les ordres formels de Louis XV, il se plaignait de la lenteur apportée par la cour de Vienne à la ratification du traité secret, ne cachait pas son espoir que les difficultés soulevées sur certaines clauses de l'acte feraient ajourner l’accurd définitif; il ne craignait mème pas de déclarer que la France aurait tout avantage à s’en tenir au traité défensif du 1% mai 1756. C'était donc une véritable victoire pour la diplomatie autrichienne de voir écarter un ministre si mal disposé, et confier la direction des affaires extérieures au collaborateur de la première heure, au principal architecte de l’alliance, au négociateur des deux conventions, à l'ami qui avait donné tant de preuves de dévouement à la cause commune.
Dans sa dépêche, l’Autrichien put enregistrer un autre succès : Le cabinet français avait adopté un plan stratégique conforme au désir si souvent exprimé de la cour de Vienne. L'armée auxiliaire devait se diviser en deux corps; le premier, sous les ordres de Richelieu, se dirigerait sur Egra en Bohème; le second, commandé par le prince de Soubise, marcherait sur le Danube et se réunirait aux armées impériales. Cette solution avait prévalu en dépit de Belleisle, et malgré la présentation d’un gros mémoire où le maréchal avait développé tous les arguments en faveur de l’action indépendante des armées du Roi au centre de l'Allemagne.
L'arrivée de Vienne de la ratification du traité secret (2)
(1) Stahremberg à Kaunitz, 30 juin 1757. Archives de Vienne. (2) Kaunitz à Stahremberg, 14 juin 1757. Archives de Vienne.
et la rupture des relations diplomatiques entre l'Autriche et l'Angleterre (1), vinrent confirmer la bonne impression qu'on avait à Paris. Cette dernière décision devait produire le meilleur effet. L’'Impératrice-Reine, en épousant la querelle à laquelle elle était restée si longtemps indifférente, proclamait aux yeux du monde la solidarité absolue d'intérèts qui existerait à l’avenir entre les deux puissances.
Aux lettres officielles qui annoncaient ces heureux résultats, Kaunitz, obéissant aux suggestions de son envoyé, avait ajouté (2), pour les négociateurs, des félicitations où une part libérale était réservée aux hommes d'État francais : « Ce serait déprécier le mérite de ce grand ouvrage que de vous en faire des compliments; les applaudissements de l’Europe sont ce que vous méritez, et ce que vous aurez avoué cependant est que la fortune vous à mieux servis que moi. Il fallait trouver en place et en crédit les grands hommes que vous y avez trouvés. Sans MM. de Belleisle et de Bernis, qu’auriez-vous pu faire? Je me flatte qu'ils ont la bonté d’avoir une assez bonne opinion de moi, pour ne pas douter que je ne rende à leurs talents et à leur féconde pensée toute la justice qui leur est due, de la pert de tous ceux qui s’y connaissent un peu. Ils ont beaucoup fait assurément jusqu'ici; mais il s’agit de consommer l’œuvre pour qu’ils méritent l’immortalité, et ce sont les obstacles qui paraissent se multiplier aujourd’hui qui leur en fourniront l’occasion. » Ces éloges, quelque peu dithyrambiques, étaient complétés par un message de Leurs Majestés impériales à l'adresse du maréchal et du nouveau ministre.
La cour de Vienne avait d'autant plus raison de faire appel au dévouement de ses amis français, que les nouvelles de Bohème, fort inquiétantes, laissaient prévoir des
(1) Kaunitz à Stahremberg, 16 juin 1757. Archives de Vienne. {2) Kaunitz à Stahremberg, 14 juin 1757. Archives de Vienne.
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