‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 175 sur 385 · RECUL MOMENTANÉ DES AUTRICHIENS · texte numérisé non relu

RECUL MOMENTANÉ DES AUTRICHIENS

par une artillerie supérieure et excellemment servie. Cependant, si à ce moment Ziethen avec ses 80 escadrons, et Pennavaire avec ses cuirassiers, avaient soutenu leur infanterie, la victoire eût pu se prononcer pour le Roi. Il n'en fut rien; les deux commandants de cavalerie restèrent inertes et laissèrent échapper le moment décisif, En effet à l’extrème droite des Autrichiens, les progrès de Hulsen avaient jeté le désordre. L'indication de la ligne de retraite en cas d'échec, maladroitement transmise par l'état-major, fut interprétée par un général comme un ordre formel; ce malentendu provoqua un commencement de recul qui eût eu des conséquences désastreuses s'il n'avait été arrêté dès le début par quelques officiers énergiques et par Daun lui-même. Ce dernier, profitant de

la venue de quatre bataillons de grenadiers, les lança contre le bois de chênes; ils en expulsèrent facilement le

détachement qu'Hulsen y avait laissé et purent s’y maintenir jusqu à la fin de la bataille. Nadasdy encouragé par ce

succès ramena ses escadrons contre ceux de Ziethen ; il fut

repoussé, mais son adversaire, pris en flanc par le canon des défenseurs du bois, dut rétrograuer à son tour jusqu'à son ancienne position de Kutlir.

li était environ quatre heures de l'après-midi; l’infanterie prussienne, épuisée par cette longue lutte, ne gagnait pas de terrain; grâce à l’arrivée successive des renforts appelés de la gauche, les régiments de Daun conservaient leur ligne intacte; la cavalerie autrichienne faisait mine de charger. Pennavaire, resté jusqu'alors en réserve près du hameau de Bristwi, recut ordre de se porter au devant d'elle; ce général, vieillard de soixantetreize ans, perdit son temps en manœuvres inutiles, vint donner avec sa première brigade sur les fantassins ennemis, et fut refoulé au delà de Krechor; la deuxième brigade, conduite par Seydlitz, fut d'abord plus heureuse ; dans un élan vigoureux elle mit le désarroi dans les rangs

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des Impériaux. « 11 v eut un moment critique, écrit (1) un officier supérieur de l’armée de Daun. Quelques régiments de cavalerie commencaiert à se retirer, le régiment de Platz venait d’être fort maltraité et quelquesuns se retirèrent du combat. Le régiment de Staller qui venait de mettre sabre à la main au lieu de se servir du fusil, s'en trouva mal, et commençait à plier, lorsque les dragons de Ligne et le régiment de dragons saxons du prince Charles de Saxe tombèrent dans cet endroit sur la cavalerie et infanterie prussienne qui voulut se sauver en formant une espèce de bataillon carré. Mais ces braves dragons, sans avoir égard à une figure qu'on regardait comme respectable, les taillèrent en pièces en un moment, et firent des prisonniers par centaines à la fois (2).»

Pour résister au retour offensif des Autrichiens, Frédéric n'avait plus de troupes fraiches; toutes ses réserves avaient donné. Au centre, le général prussien Mannstein, se méprenant sur la portée d’un ordre, s'était mêlé mal à propos à la lutte; il pénétra à la vérité dans le village de Chocenitz, mais il ne put le dépasser et ne se maintint dans la position conquise qu’au prix de pertes terribles; il fallut pour le soutenir engager peu à peu une grande partie de la droite, tenue jusqu'alors en dehors de la ligne de feu. À défaut d'infanterie, le Roi, pour secourir le prince Maurice fort compromis, fit un nouvel appel à sa cavalerie. Ge fut en vain que Pennavaire essaya de reporter ses escadrons en avant, que le prince Maurice fit charger ceux qui lui restaient, que le Roi lui-même cher-

(1) Journal de :a campagne des armées autrichiennes en 1757. Archives de la Guerre.

(2) C'est à ce moment de la journée que doit se placer l'épisode de ia charge des dragons de Ligne. Au colonel de ce régiment, composé de jeunes soldats, qui demandait à charger, le maréchal aurait répondu : « Que voulez-vous faire avec vos blancs becs ? » Le colonel répliqua : « Si mes blancs becs n'ont pas de moustache, ils ont des dents pour mordre. » La charge eut un plein succès.

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