‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 176 sur 385 · LE PRINCE MAURICE ET HULSEN REPOUSSÉS · texte numérisé non relu

LE PRINCE MAURICE ET HULSEN REPOUSSÉS

cha à entrainer les hésitants; la panique s'en mèla, les cavaliers affolés se rejetèrent sur les fantassins et les mirent en désordre. Un officier saxon, le lieutenant-colonel Benkendorf, qui d’après les récits de l'époque (1) s'était déjà signalé en arrêtant l'ordre de retraite intempestif dont il a été fait mention, s’apercut du flottement de la ligne royale, et lança son régiment pour faire trouée; les dragons de Savoie, de Wurtemberg, les chevau-légers saxons, les cuirassiers de Darmstadt imitèrent l'exemple. Abordés de front et de côté, les débris des bataillons de Hulsen et du prince Maurice abandonnèrent la partie et refluèrent sur la grande route. Frédéric tenta un dernier effort; à peine avait-il fait quelques pas que son aide de camp, le major Grant, lui fit remarquer qu'il n’était pas suivi. « Sa Majesté aurait-elle l'intention de prendre la batterie à nous deux? » Le roi s'arrêta, examina le champ de l’action avec sa lorgnette, fit volter son cheval, et se dirigeant vers la droite, pria le duc de Bevern d'ordonner la retraite.

La bataille était perdue. Écrasé par l'artillerie impériale à laquelle la pente du terrain ne permettait pas de répondre avec fruit, Mannstein venait d’être obligé d’évaeuer Chocenitz. Un combat des plus sanglants se livrait à la droite, auprès du hameau de Brezan; sur l'invitation du commandant en chef autrichien, le général Stampach était descendu des hauteurs et s’était porté sur le flanc des Prussiens; cette attaque avait été appuyée par l'infanterie de Puebla et par les Croates de Beck. Brezan fut bientôt enlevé par l’assaillant qui y fit beaucoup de prisonniers; mais Bevern tint ferme avec le gros de ses huit bataillons, et empècha le vainqueur de dépasser le village et d’intercepter ses camarades de la droite et du centre qui défilaient par la chaussée. Les

(1) Retzow, Mémoires historiques sur la Guerre de Sept Ans, vol. I, P. 174. |

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sacrifices que coûta cette résistance furent lourds; exposés en rase campagne à un feu terrible d'artillerie et de mousqueterie, les soldats de Bevern perdirent (1) en peu de temps une grande partie de leur effectif; le premier bataillon de la garde royale fut tout spécialement éprouvé. Grâce à la belle conduite de sa cavalerie et à la bravoure de ses fantassins, Bevern put se replier sans avoir été entamé ; il arriva à Planian avec ce qui restait de sa division vers huit heures du soir. À gauche, Ziethen, qui n'avait que peu souffert, fut le dernier à quitter le champ de bataille.

Daun, satisfait de la retraite des Prussiens et craignant Jusqu'à la dernière heure un revers de fortune, ne poursuivit pas; il se contenta de reprendre les positions qu'il avait occupées le matin, et laissa s’écouler devant lui le flot des fuyards sans les inquiéter autrement que par le feu de ses batteries.

S'il faut ajouter foi à certains contes qui circulèrent après l'action, le succès aurait étonné les vainqueurs: Daun lui-même aurait partagé le découragement de ses lieutenants, et n'eût dù son triomphe qu’à l'initiative, nous pourrions dire, à l1 désobéissance de ses subordonnés. Champeaux, écriva... le surlendemain (2), se fait l'écho de ces racontars : « Une chose qui causera toujours quelque surprise à ceux qui ont vu le dessous de la toile, est le gain de cette bataille. Il est une suite de moments qui était très éloignée de l’annoncer, et plus on y réfléchit, plus il semble qu'on ne devrait attribuer cette victoire qu'à la Providence, à la valeur de quelques corps, qu'à l'intelligence de quelques officiers qui se sont trouvés par

(1) La division sous les ordres directs du prince Maurice perdit à elle seule 118 officiers et g,380 soldats, soit en moyenne 500 par bataillon; l'avant-garde de Hulsensquoiqu'elle eût été le plus longtemps engagée fut la fraction la moins éprfuvée de l'armée; elle ne perdit que 300 par bataillon; les pertes des divisions Bevern ct Mannstein furent de 375 et 365 officiers et soldats par bataillon.

(2) Champeaux auMinistre, Kricknau, 20 juin 1757. Archives de la Guerre.

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