‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 18 sur 385 · TENTATIVE D'ÉVASION DES SAXONS · texte numérisé non relu

TENTATIVE D'ÉVASION DES SAXONS

tes ses mesures, puisqu'on lui a donné deux jours de temps. »

Lameth, dont le récit est à peu près conforme à celui de son chef, raconte (1) que dans la matinée du 13 il y avait eu une canonnade assez vive du côté des Saxons, puis le silence ne fut interrompu que par quelques coups tirés de la forteresse le Kænigstein. Enfin le 14, n'entendant plus rien et craignant d'être coupé, le maréchal avait pris le parti de la retraite. « Nous nous repliâmes sur les deux heures avec beaucoup de chagrin de ma part. depuis huit jours sans équipages, presque sans vivres, toujours exposés à la pluie et au froid pour une aussi mauvaise besogne; je suis plus d'à moitié mort, ne m'étant pas déshabillé depuis notre départ; mais je ne sentirais rien de mon mal si nous avions réussi. »

Qu'’était-il arrivé dans le camp saxon, et quelles circonstances imprévues avaient empêché la jonction des armées alliées? On se rappelle que d’après le plan concerté avec Brühl, l’armée saxonne, dans la nuit du 11 au 12 octobre, c’est-à-dire le soir de l’arrivée de Browne à Schandau, devait passer sur la rive droite de l'Elbe par un pont construit sous le fort de Kænigstein, et attaquer le corps de blocus prussien en tête, pendant que les Autrichiens se porteraient sur ses derrières à Schandau; une opération combinée serait dirigée ensuite contre la position de Rathmannsdorf. Ce projet, dont l'exécution présentait des risques sérieux à cause des obstacles du terrain et de la difficulté d'obtenir une action simultanée, aurait pu réussir sans un accident fâcheux auquel les Saxons ne surent pas remédier.

Pour la traversée de l’Elbe il était impossible de se servir du pont de bateaux de Pirna, dont les Prussiens fortement retranchés sur la rive droite occupaient les débouchés; aussi les assiégés avaient-ils choisi un emplacement un

(1) Lameth au ministre, 15 et 16 octobre 1756. Archives de la Guerre. GUERRE DE SEPT ANS. 3

peu en aval de Kænigstein, où le travail se ferait sous la protection de cette forteresse; pour le nouveau pont, ils avaient l'intention de se servir des bateaux de Pirna qu'on ferait remonter pendant la nuit jusqu’au point désigné. Cette entreprise, tentée dans deux nuits successives, fut interrompue par le canon prussien; les bateliers refusèrent de poursuivre leur route et abandonnèrent leurs embarcations, gagnant la rive à la nage; la plupart des bateaux tombèrent entre les mains de l'ennemi. On dut les remplacer par des pontons en cuivre qui n'étaient pas en état; il fallut les réparer, puis les transporter par terre jusqu’à Thurmsdorf. Le pont ne fut achevé que fort tard dans la journée du 12, et le passage de l'armée par conséquent remis à la nuit du 12 au 13. Les mouvements des Saxons, l'apparition de Browne, averti trop tard pour arrêter sa marche, donnèrent l'éveil dans le camp prussien où jusqu'alors on ne paraissait se douter ni de la direction que les Saxons voulaient prendre pour leur sortie, ni du secours que les Autrichiens allaient leur prêter. Ge fut seulement dans la soirée du 11 que le margrave Carl et le général Winterfeldt eurent connaissance de l’arrivée de Browne; les bataillons envoyés pour renforcer la, faible division de la rive droite ne parvinrent à destination que dans la journée du 12. Le rapport de Winterfeldt (1) relatant le danger couru et les mesures prises pour y parer, est daté du même jour. Quant au roi, ce fut également le 12 qu'il eut vent de la marche des Autrichiens et qu'il en prévint ses lieutenants (2). Malgré les avis rassurants qu’on lui fit tenir du camp de Sedlitz, il accourut sur les lieux ; quand il rejoignit l’armée de blocus, le 14 octobre, tout était terminé et les Saxons étaient à sa merci.

(1) Winterfeldt à Frédéric, 12 octobre 1756. Correspondance politique, vol. XV, p. 529.

(2) Frédéric aux princes de Dessau et de Bevern, 12 octobre 1756, Correspondance politique, vol. XV, p. 528.

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