‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 19 sur 385 · PASSAGE DE L'ELBE · texte numérisé non relu

PASSAGE DE L'ELBE

Le passage avait commencé à onze heures et demie le soir du 12. En dépit des ordres soigneusement rédigés, la confusion se mit dans les colonnes; un temps abominable, des chevaux hors d'état, des hommes sans pain depuis vingt-quatre heures, des chemins impraticables, un seul pont pour le personnel et le matériel : tout contribua à la ruine de l’armée. Le débouché sur la rive droite de l'Elbe présenta des difficultés plus grandes encore; la rivière franchie, on se trouvait'sur une berge étroite au pied de l'escarpement qui termine le plateau d'Ebenheit; pour gagner la hauteur il n'existait que des routes mal tracées dans lesquelles vinrent s’engouffrer les canons, les caissons, les voitures du parc, les équipages de l'armée; l'obscurité , le vent, la pluie qui faisait rage vinrent aggraver le désordre. À quatre heures de l'après-midi, le 13 octobre, l'infanterie seule était parvenue au haut de la montée ; la cavalerie et presque toute l'artillerie étaient encore au bord de l’eau, exposées au feu des batteries ennemies qui avaient suivi la retraite. Dès le matin, les Prussiens, avertis par leurs patrouilles du départ des Saxons, avaient occupé le, camp évacué par ces derniers, ct poursuivi leur arrière-garde empêtrée dans les bagages et les convois de munitions dont 1l fallut abandonner une partie. Pour comble de malheur, la manœuvre de replier le pont fut si mal dirigée que les pontons se détachèrent, allèrent à la dérive et tombèrent entre les mains des Prussiens qui les utilisèrent aussitôt pour établir à Rothen, un peu en aval, la communication entre es deux rives. Pendant le défilé douloureux de son armée, le roi de Pologne, accompagné de son ministre, s'était retiré à Kæœnigstein. De la forteresse, Brühl écrivit (1) à Browne pour le mettre au courant de la situation : L'attaque projetée pour le 13 avant dù ètre remise à la matinée du

(1) Brühl à Browne, 13 octobre 1756. Vitzthum, vol. IT, p. 207.

14, les Prussiens avaient eu le temps de transporter la principale partie de leurs troupes sur la rive droite , et il serait impossible de percer leurs lignes sans le secours des Autrichiens.

Si le découragement se manifestait dans l'entourage du roi de Pologne à Kænigstein, il était encore plus apparent dans le camp au pied du Lillienstein. Le général en chef Rutowski eut recours à l’'échappatoire habituelle des commandants dans l'embarras; il réunit à la hâte un conseil de guerre où tous les chefs présents se basèrent sur le manque de nouvelles du quartier général autrichien, et sur le triste état de leurs soldats, pour déclarer qu'il fallait se résoudre à engager des pourparlers avec l'ennemi. Le corps saxon se trouvait, en effet, dans une impasse. Il ne suffisait pas d’être arrivé au plateau d'Ebenheit, il fallait en sortir, et ce n'était pas chose facile. La plaine dans laquelle se trouvaient les Saxons a une longueur d'environ quatre kilomètres depuis le hameau d’Ebenheit jusqu’au village de Walthersdorf ; très resserrée entre l’Elbe et la masse rocheuse du Lillienstein, elle s’épauouit au-delà de cette montagne dans la direction de Porschdorf où elle est bornée par le vallon encaissé du Sebnitzbach, et dans celle de Prossen où elle rencontre de nouveau la vallée étroite de l'Elbe. Pour donner la main aux. Autrichiens postés de l’autre côté du Sebnitzbach, les Saxons avaient à percer les lignes des Prussiens, s'emparer des retranchements et des redoutes qui défendaient les approches de Porschdorf et Prossen, occuper ces villages, descendre par des chemins étroits et mal entretenus dans la vallée du Sebnitz, remonter de l’autre côté, et se rendre maitres des hauteurs de Rathmannsdorf. Pour une telle entreprise , il eût peut-être été difficile de demander l'effort nécessaire à des troupes fraiches, reposées, animées du meilleur esprit; on ne pouvait l’exiger de malheureux soldats épuisés tant au moral qu’au physique, sans nour-

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