RETRAITE DÉSASTREUSE DU PRINCE DE PRUSSE
sonniers ramassés par les Croates et les pandours, on avait laissé en arrière 2,000 hommes, la plupart Saxons, qui avaient passé aux Impériaux. « Leur désertion est affreuse, écrit le prince Charles (1), étant venus hier 323 hommes, et près de 300 aujourd’hui, lesquels disent qu'ils ne sont pas la huitième partie de ce qui est enccre dans les bois et montagnes. Le général Hadik et Beck me mandent que ne pouvant pas mener le bagage qui les incommodait beaucoup dans leur marche, les troupes légères leur ayant emmené les chevaux, ils en ont brûlé eux-mêmes la plus grande partie; qu’ils sont sans pain depuis quelques jours, et sans viande. »
Si, à l’occasion de la prise de Gabel, l'état-major prussien fut en défaut, il faut avouer que le prince Charles et le maréchal Daun ne surent guère tirer parti de leur avantage. À Niemes ils étaient, par la grande route, à environ 35 ou #0 kilomètres de Zittau, tandis que les Prussiens, forcés au détour de Kamnitz et Rumburg, en eurent plus de 70 à faire par de mauvais chemins pour gagner cette localité; or, bien que Gabel eût capitulé le 15 juillet, et que dès le 18 Macquire (2) avec un détachement eût paru devant Zittau, l'avant-garde impériale, fore de 15,000 hommes, arriva trop tard pour empècher le général Schmettau d'entrer dans la ville et de joindre ses 4,000 hommes à la faible garnison qui y était déjà. Quant au corps principal des Autrichiens, 1l avanca avec une telle lenteur qu’il ne prit position en arrière de Zittau que le 21 juillet. Le prince Charles parle (3) des défilés de la route, de la chaleur excessive, et des
obstacles que la topographie des lieux mettait à l’in- (1) Prince Charles à l'Empereur, 21 juillet 1757. Archives de la Guerre. Vienne.
(2) Prince Charles à l'Empereur, 18 juillet 1757, Archives de la Guerre. Vienne.
(3) Prince Charles à l'Empereur, 17 et 20 juillet 1757. Archives de la Guerre. Vienne.
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vestissement. « J'ai été moi-même (1) à Zittau ce matin, d'où je ne suis revenu qu'à deux heures, La ville est si grande et coupée par deux ou trois ruissaux et la Neisse, que je crains que nous ne pourrons pas les enfermer, du moins jusqu'à demain que je compte y marcher; cependant j'ai donné les ordres au général Keit et à Lucchesi qui y sont déjà; les uns disent qu'il Y a #,000 hommes, les autres 6,000 et d’autres disent mème dix; mais l’on ne sait rien de positif, personne ne pouvant ni y entrer ni en sortir. »
Un peu plus d'activité de la part des généraux de Maric-Thérèse eût probablement amené la ruine complète du prince de Prusse: ils ne surent pas profiter du succès de Gabel et de l'avance que leur donnait la possession de la grande route de la Lusace ; ils se bornèrent à harceler avec leurs troupes légères la retrañe de l'ennemi, et ne firent aucun effort sérieux pour le couper de Zittau et de ses magasins. Le 22 juillet vers six heures du soir, les Prussiens débouchèrent en vue de la ville: ils trouvèrent les Autrichiens en force sur les hauteurs d'Eckartsberg. Malgré la supériorité de l'armée impériale, le gros de la garnison et une partie des approvisionnements purent être évacués; d’après Montazet, la manœ:#vre du Prince aurait été très belle. « L'armée des Prussiens (2) fit un mouvement comme pour se porter en droiture et en bataille sur nous, et après avoir marché environ # ou 500 pas, la première ligne fit un quart de conversion et marcha par sa droite, er nous prêtant le flanc par conséquent. Elle traversa ainsi une plaine d'un gros quart de lieue sous nos yeux, et quand elle fut à la hauteur de Zittau que nous avions sur notre gauche à la distance de la portée du canon, elle fit un nouveau quart de
(1) Prince Charles à l'Empereur, 20 juillet 1757. Archives de la Guerre. Vienne.
(2) Montazet à Paulmy, 25 juillet 1757. Archives de la Guerre.
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