DÉTRESSE DES SAXONS
riture depuis plus de vingt-quatre heures, sans munitions suffisantes, alors surtout qu'on ne pouvait compter sur l'appui, ni de la cavalerie dont les chevaux ne pouvaient plus se trainer, ni surtout de l'artillerie qu’à l'exception de sept pièces on n'avait pu amener jusqu’au plateau. Seule une vigoureuse attaque des Autrichiens aurait relevé l'énergie de la troupe : or de ces Autrichiens on n'avait aucune nouvelle.
Ce fut seulement le 14 octobre à cinq heures du matin (1) que parvint au camp saxon une dépèche du maréchal Browne; elle était datée du quartier général de Lichtenhayn, la veille (2), à dix heures du soir. Comme elle était chiffrée, il fallut l'envoyer à Kænigstein où se trouvait Brühl, détenteur lu chiffre, et ce ne fut que vers sept heures du matin que le général Rutowski en connut le contenu. Le commandant autrichien accusait réception de la lettre que Brühl lui avait écrite le 11, expliquait qu'il était depuis deux jours au rendez-vous dans l'attente des Saxons, qu’il conserverait sa position jusqu'à neuf heures du matin le 14, que si l'armée assiégée effectuait la traversée de l’Elbe et prononcait son attaque contre les Prussiens, il la seconderait de tous ses moyens; mais que passé le délai indiqué, le manque de vivres et la crainte de voir ses communications coupées le forceraient à se retirer en Bohème. Ces avis n'étaient pas pour donner du cœur aux Saxons.
Pendant la nuit du 13 et la matinée du 1#, les messages s'échangèrent entre le camp et le château où étaient réfugiés le roi et son ministre. Auguste III, sous l'inspiration de son favori, écrivit lettre sur lettre à ses généraux; il les adjura de risquer un dernier effort, fit appel à leur dévouement, mème à leur courage; il ne pouvait se rési-
(1) Voir Vitzthum et Aster pour le récit détaillé de la capitulation. (2) Cette lettre malgré la confusion des dates doit être celle dont il est fait mention aux pages 31 et 32.
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gner à la honte de capituler sans avoir brûlé une cartouche. Tout fut en vain. Peut-être le roi de Pologne eùtil pu entrainer ses troupes en se mettant à leur tête, ou au moins en se rendant au milieu d'elles. Elles restèrent sourdes aux supplications d’un souverain qui leur demandait d'affronter des périls qu'il était bien déterminé à ne pas partager; malgré leur loyauté ct leur discipline, elles devaient le rendre responsable d'une situation due à son incapacité et à son imprévoyance.
En réalité, le 1% octobre il n'y avait rien à faire; les Prussiens en force, appuyés par leur artillerie et couverts par leurs tranchées, auraient eu facilement raison d’un adversaire épuisé que les Autrich'°ns ne seraient plus en mesure de soutenir. Un nouveau conseil de guerre confirma la décision de la veille : les nouvelles de Browne ne changeaient en rien la situation; Lichtenhayn, d’où sa lettre était datée, était éloigné de deux lieues d'Allemagne, et à l'heure où l’on délibérait, la retraite qu’elle annonçait était déjà commencée. L'armée, déclarait-on, était prête à se sacrifier, mais ce serait sans espoir et sans chance de sucès. Rutowski, en même temps qu’il informa son maitre du résultat du conseil, dépêcha un officier au camp prussien pour proposer un accommodement. A cette invitation, le général Winterfeldt qui avait pris le commandement sur la rive droite, se rendit en personne. On s’entendit pour un armistice provisoire, et on envoya demander les instructions du roi Frédéric, attendu à Sedlitz dans le courant de la journée. Le général saxon essaya vainement d’arracher à son souverain un consentement à la capitulation devenue inévitable. Auguste III refusa jusqu'au bout. « Je vous abandonne à vous, Monsieur, écrivit-il (1), le sort de mon armée. Que votre conseil de guerre décide s’il faut vous rendre prisonnier, ou s’il faut mourir par le fer
(1) Auguste IIL à Rutowski, 14 octobre 1756. Vitzthum, vol. II. Appendice.