RENCONTRE DE FRÉDÉRIC AVEC SON FRÈRE
traite : A la tête d’une division composée de 16 bataillons et 20 escadrons, il se porta en personne au secours de son frère qu'il rejoignit à Bautzen. Le maréchal Keith avec le gros de l'armée et les équipages se retira en Saxe, tandis que le prince Maurice, avec une arrière-garde de 10 à 12,000 hommes, eut mission de surveiller la frontière du coté de Pirna. Les Autrichiens restés, depuis la prise de Littau, immobiles dans leur position de i’Eckartsberg, ne firent aucune tentative pour inquiéter la marche du prince de Prusse sur Bautzen, et pour empêcher sa jonction avec les renforts que lui amenait le Roi.
L'entrevue des deux frères, qui eut lieu le 29 juillet, fut des plus pénibles. Quand le Prince alla à la rencontre du Roi avec le duc de Bevern, le prince de Wurtemberg et la plupart de ses généraux, Frédéric fit volte-face, ne dit mot à personne et rendit à peine le salut. Lorsque plus tard dans la journée son frère lui remit les rapports de l'armée, il les lui prit des mains sans une parole et lui tourna le dos. Entre temps, le général Goltz (1) avait été chargé pour l'état-major du Prince du message suivant : « Dites à mon frère et à tous ses généraux que pour bien faire je leur devrais faire trancher la tête à tous. » Schmettau. l'un des plus anciens officiers, fut envoyé en disgrâce à Dresde; seul Winterfeldt, qui n'avait pas assisté au conseil de guerre de Leïpa, et qui avait entretenu pendant la campagne sa correspondance habituelle avec le Roi, conserva les bonnes grâces de son souverain.
A des lettres fort dignes (2) dans lesquelles le prince de Prusse, tout en justifiant ses actes, demandait l'autori-
1) Seuls des généraux qui servaient à l'armée du Prince, Winterfeldt et Goltz furent bien accueillis du Roi. D’après le récit du comte de Schwerin ce fut le premier, et non pas Gol!z, qui dut porter au Prince le message de Frédérie,
(2) Prince de Prusse à Frédéric, 25 juillet 1757. Correspondance politique, vol. XV p. 280. Prince de Prusse à Frédéric, 30 juillet 1757. Recueil de lettres.
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sation de se retirer de l'armée, Frédéric répondit en termes caractéristiques (1) : « Vous avez mis par vocre mauvaise conduite mes affaires dans une situation désespérée: ce n'est point mes ennemis qui me perdent, mais les mauvaises mesures que vous avez prises... Je n'aceuse point votre cœur, mais votre inhabileté et votre peu de jugement pour prendre le meilleur parti. Je vous parle vrai, Qui n'a qu'un moment à vivre n'a rien à dissimuler... Je vous souhaite plus de bonheur que je n'en ai eu, et qu'après toutes les flétrissantes aventures qui viennent de vous àrriver, vous appreniez dans la suite à traiter de grandes affaires avec plus de solidité, de jugement et de résolution. Le malheur que je prévois a été causé en partie par votre faute... Soyez, malgré cela, persuadé que je vous ai toujours aimé et que j'expirerai avec ces sentiments. » Le Prince indigné se rendit à Dresde où il eut quelque peine à retenir l'expression du chagrin et de la colère que soulevait chez lui le mauvais traitement de son frère. 1] céda cependant aux sages avis du conseiller Eichel, et s'enfouit dans la retraite; aigri (2), malade, il ne survécut pas longtemps à se disgrâce, et mourut en juin 1759.
Que les reproches de Frédéric fussent pour le moins très exagérés, il n'y a pas de doute. Certes le Prince, mal renseigné sur les mouvements et la composition des forces qui lui étaient opposées, se laissa devancer à Gabel et ne prit pas en temps utile les mesures nécessaires pour secourir ce poste et pour conserver la route directe de Zittau: mais au Roi incomba toute la responsabilité de la malencontreuse expédition sur Tetschen. Pourquoi rester inactif à Leitmeritz au lieu de se porter à l'aide de son frère?
(1) Frédéric au Prince de Prusse, 30 juillet 1757. Correspondance politi que, vol. XV, 281.
(2) Le Prince ne pardonna pas à Winterfeldt la part qu'il lui attribuait dans sa disgrâce, et se réjouit de la mort du général survenue deux mois
après. Les frères du Prince royal épousèrent sa querelle et refusèrent d'inscrire le nom de Winterfeldt sur le monument commémoratif de Rheinsherg
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