‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 21 sur 385 · CAPITULATION DE L'ARMÉE SAXONNE · texte numérisé non relu

CAPITULATION DE L'ARMÉE SAXONNE

ou par la disette. Que l'humanité guide, si cela se peut, vos résolutions. Quelles qu'elles puissent être elles ne me regardent plus, et je vous déclare que je ne vous tiens responsable que d’une seule chose, qui est de porter les armes contre moi et contre mes amis. »

La capitulation fut signée le 15 octobte; l’armée saxonne se rendit prisonnière de guerre. Un article proposé par Rutowski stipulait que les sous-officiers et soldats ne seraient pas enrôlés dans l'armée prussienne contre leur gré; quant aux officiers de tout rang, ils ne devaient pas servir pendant la durée de la guerre. Frédéric refusa de ratifier ces deux clauses; il fit insérer au texte la faculté pour les officiers d'entrer à son service; en ce qui concerne la troupe, sa réponse à la demande du général saxon fut conçue en termes caractéristiques : « C’est de quoi personne n'a besoin de se mêler; on ne forcera aucun général de servir malgré lui, cela suffit. »

A peine le défilé achevé, on éloigna les officiers, on fit former le cercle aux soldats, on leur lut des extraits du code de guerre et le serment de fidélité au roi de Prusse, et on leur donna l’ordre de lever la main gauche en signe d'assentiment. Ce commandement, plus ou moins bien exécuté, fut considéré comme l'acceptation du nouveau régime (1), et les Saxons se trouvèrent ainsi tra sformés en soldats du roi de Prusse. Ce recrutement forcé ne profita pas beaucoup au conquérant, les désertions se firent en masse; une grande partie des nouveaux engagés passèrent la frontière et vinrent constituer au service autri-

chien un corps qui, dès le début de 1757 (2), comptait plus de 2,500 hommes.

(1) Quelques régiments refusèrent jusqu'au bout le serment; ils furent dissous et les soldats répartis dans des corps prussiens. Au printemps trois bataillons se révoltèrent et passèrent en Pologne avec armes et bagages. Aster, p. 477, etc.

(2) Devault au ministre, 5 février 1757. Archives de la Guerre.

Une convention spéciale réserva la neutralité «e la for- d teresse de Kænigstein qui garda sa garnison saxonne. t

Avec la reddition de son armée, Auguste recouvra sa a liberté. Pendant le blocus, Frédéric avait considéré la pré- e sence de l'incapable et luxueux monarque comme un véri- jt table embarras poûr ses généraux; aussi tout en sub- m venant aux besoins de sa table par l'envoi journalier d'un at fourgon de vivres, afin de ne pas le soumettre au régime Ù de privations que subissaient ses soldats, lui avait-il refusé en l'autorisation de se retirer en Pologne. Après la soumis- ta sion des Saxons, cette opposition n'avait plus sa raison in d'être, et le roi-Électeur qui avait renouvelé sa demande , ra put partir pour Varsovie le 20 octobre. À en juger d’après m les chiffres de la suite royale, qui à la sortie de l'Électo- mé rat se composait de (1) plus de 500 officiers, cuisiniers, dé: palefreniers, valets et gens de service, et de #88 chevaux, leu on peut croire que les épreuves de la Saxe n'avaient pas au eu leur contre-coup sur le train de vie du souverain. Si Lib

les pauvres soldats qui venaient d’être enrégimentés dans l'armée prussienne vient défiler les 31 voitures et les 217 chevaux dont était formé le cortège sorti de Kænigstein, ils durent faire des réflexions amères sur le contraste entre les souffrances qu'ils avaient eu à supporter et le bienêtre réservé à tant de bouches inutiles. La reine de Pologne et une partie de la famille royale restèrent à Dresde. Avant la fin du drame, Brühl avait eu soin d'avertir le feld-maréchal. L'après-midi du 1%, alors que les pourparlers étaient en cours entre Winterfeldt et Rutowski, il écrivit (2) à Browne pour lui annoncer la capitulation probable, dans laquelle on chercherait à insérer une clause permettant aux Autrichiens de se retirer sans être inquiétés; il l'assurait de l'intention du roi-Électeur de rester fidèle à l'alliance de la cour de Vienne, et le priait

(1) Aster. Liste des personnes qui accompagnèrent le roi. Annexes, p. 18. (2) Brühl à Browne, 14 octobre 1756. Vitzthum, vol. II, p. 232.

RETRAITE DE RROWNE. si

de porter cette résolution à la connaissance de l’'Impératrice. Dans sa réponse, latée du 15 octobre (1), le général autrichien informa le ministre saxon qu'il était resté le 1% en position sur les hauteurs de Schandau, non seulement jusqu'à neuf heures du matin comme il l'avait promis, mais jusqu'à trois heures de l'après-midi. N'entendant aucun bruit de combat, il était parti à cette heure, et avait pu effectuer sa retraite sans autre inconvénient qu'un engagement d'arrière-garde qui lui avait coûté une centaine d'hommes, et à l'ennemi à peu près autant. Il était inutile qu'on parlât de lui dans la convention; il se tirerait d'affaire tout seul, et se faisait fort dans le pays de montagnes qu’il allait traverser de tenir tête à toute l'armée prussienne. La lettre ne faisait aucune allusion au désastre des Saxons et ne contenait aucune critique de leurs mouvements : silenée plus expressif que les plaintes auxquelles il aurait pu, non sans quelque raison, donner libre cours.

Browne rentra au camp de Budin sans être poursuivi. Il avait accompli sa part du programme avec exactitude et énergie; tout au plus aurait-on pu lui reprocher de n'avoir pas poussé son attaque sur Schandau quand ce poste n'était occupé que par trois bataillons prussiens, et de n'avoir pas fait plus d'efforts pour établir des communications avec le camp saxon. Quant aux généraux du roi de Pologne, ils accumulèrent faute sur faute. Rutowski, brave militaire d’ailleurs, céda le commandement effectif au ministre Brühl et ne sortit de son effacement que pour prendre la responsabilité de la reddition. Quel que fût d'ailleurs le chef réel, son incapacité éclate au grand jour. La sortie des Saxons ne pouvait réussir que par surprise; les Prussiens, confiants dans la nature du terrain et convaincus que leur adversaire n'abandonnerait pas à la

(1) Browne à Brühl, 15 octobre 1756. Vitzthum, vol. II, p. 234.

légère les hauteurs de Struppen k n'avaient que peu de monde sur la rive droite de l'Elbt; un effort vigoureux des assiégés aurait eu quelque chance d'aboutir; une partie tout au moins de l’armée aurait pu percer les lignes clair-semées de l'ennemi et effectuer sa jonction avec le corps de Browne, mais il fallait agir vite et avec décision. Tout au contraire, on éveilla l'attention des Prussiens par la tentative infructueuse de la nuit du 10 au 11; on perdit vingt-quatre heures à mettre les pontons en état, on se contenta de jeter un seul pont, on ne fit rien pour préparer le débouché sur Ebenheit. Faute de mesures de prévoyance, le passage, qui aurait dù être terminé le matin du

13, traina jusqu’à l'après-midi de ce jour ; aussi quand on.

se trouva enfin sur le plateau de la rive droite, l’occasion, l'heure du berger selon l'expression de Browne, était passée, et l'ennemi avait eu le tenips de réparer sa faute, de renforcer ses troupes et de fortifier sa position sur la rive droite. D'autre part, le camp de Struppen fut évacué trop tôt, alors qu'il aurait été nécessaire d'y laisser une arrière-garde avec mission de couvrir le mouvement et d'arrèter les Prussiens le plus longtemps F ssible. Ces erreurs de tactique, quelque sérieuses qu fussent, s'effacent d’ailleurs devant l'imprévoyance imtiale qui négligea l’approvisionnement du camp, et qui permit à Frédéric de prendre par la famine ce qu'il n'eût pu emporter de vive force.

Il faut reconnaitre cependant que les conseillers militaires d’Auguste III rendirent, involontairement il est vrai, un service inappréciable à Marie-Thérèse; le maintien des Saxons dans le camp de Struppen quand ils pouvaient effectuer leur retraite en Bohème, s’il entraina la perte de l'armée, fit échouer le plan de campagne de Frédéric. Retenu devant les lignes de Pirna, le roi de Prusse ne put dépasser les cantons frontières des États autrichiens; il dut laisser au maréchal Browne le temps de réunir son armée

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4 LES PRUSSIENS EVACUENT LA BOHÉME. 43

et d'attendre l’arrivée des régiments encore en marche pour le rejoindre. Sans la résistance des Saxons, Frédéric eût pu profiter du désarroi dans lequel l'ouverture des hostilités avait trouvé l’armée de l'Impératrice, se rendre maitre de toute la Bohème, et peut-être pousser son avantage jusque sous les murs de Vienne.

On peut ajouter que ce prince, par sa conduite à l'égard de la Saxe, se prèta inconsciemment au jeu de ses adversaires. Au point de vue de l’ensemble des opérations militaires, le refus opposé aux offres du roi de Pologne et l'insistance à exiger la reddition de son armée, furent une erreur capitale. Dès la fin de septembre, Broglie le constatait (1) : « La rapidité de l'invasion est déjà sérieusement alentie. Nous tenons ce prince en Saxe depuis vingt-six jours: cela fait à la vérité un hôte un peu cher à héberger, mais ceci sauve selon toute apparence la Bohème. » D'après la même autorité, le roi de Prusse aurait pu arriver à ses fins par d’autres moyens. « C'est (2) pour avoir pris la voie de la violence que le roi de Prusse a gâté une affaire qu'avec de l'argent et de l'adresse il aurait tournée à son avantage; j'espère que ce prince s'en repentira. »

Quand la capituiation fut signée, il était trop tard pour reprendre l'invasion des États autrichiéns. Resserrée dans le district montagneux du nord de la Bohème, l’armée du roi trouvait difficilement des moyens de vivre; la cavalerie surtout manquait de fourrages. Le 16 octobre, Frédéric annonça (3) au maréchal Schwerin son intention de rentrer en Saxe : « Par les mêmes raisons qui vous obligent de sortir de Bohême, je me vois obligé de faire la même chose; ce sera le 25 de ce mois que Keith se repliera sur Peterswalde. Vous ferez bien de repasser en Silésie le

(1) Broglie à Durand , 22 septembre 1756. Archives Affaires Étrangères.

(2) Broglie à Durand , 27 septembre 1756. Archives Affaires Étrangères.

(3) Frédéric à Schwerin, 16 et 17 octobre 1756. Correspondance polilique, vol. XII, p. 551 et suiv. =.

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même jour, mais de bien masquer ce mouvement pour que l'ennemi ne pénètre pas votie dessein ».

En exécution des ordres recus, Keith évacua la position qu'il occupait à Lowositz et commença la marche sur la Saxe. Cette opération que le roi vint protéger avec une division de 10 bataillons, fut terminée le 28 ; elle ne fut pas troublée par les Autrichiens qui s’attendaient au contraire à un mouvement offensif. Lameth, resté avec le maréchal Browne au <amp de Budin, écrit (1) à la date du 23 : « Une nouvelle que nous venons d'apprendre et qui me sarait si singulière que je n’y saurais encore ajouter foi : toute l’armée prussienne est partie ce matin, et par le chemin qu'elle a pris on juge qu'elle retourne en Saxe. » Quelques jours après, Hautmont qui accompagnait l'avantgarde autrichienne confirma ce récit (2) : « Les chemins où ils (les Prussiens) ont passé en se retirant, sont tout remplis de chevaux morts ». La retraite devant une force inférieure ne pouvait, selon l'officier francais, être attribuée qu'au défaut de vivres. Le maréchal Schwerin qui à la tête de l’armée de Silésie s'était avancé vers Küniggrätz, et qui avaii été opposé au corps autrichien de Piccolomini, sans lui avoir livré d'engagement important, se retira de son côté et vint prendre ses quartiers d'hiver dans la Silésie prussienne. Ainsi se termina la campagne. Le roi détacha une division sous les ordres de Winterfeldt pour protéger ses communications avec Schwerin, et établit le reste de ses troupes en Saxe et dans la Lusace; les Autrichiens se cantounèrent de l’autre côté de la frontière.

Durant les événements militaires que nous venons de relater, la reine de Pologne et tous les ministres étrangers étaient restés à Dresde. L'occupation de cette ville par les Prussiens et le blocus du roi Auguste à Struppen, don-

(1) Lameth au ministre, 23 octobre 1756. Archives de la Guerre. (2) Hautmont au ministre, 28 octobre 1756. Archives de la Guerre.

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