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NOMBRE EXCESSIF DES OFFICIERS GÉNÉRAUX

inconvénient du système. Avec la meilleure volonté du monde on ne pouvait les employer tous: le général en chef, libre de son choix, désignait pour la direction des corps détachés les officiers dans lesquels il avait le plus de confiance, ou que lui recommandait la faveur dont ils jouissaient à la cour. Leurs camarades, jaloux de cette préférence, sans autre occupation que la routine ordinaire des marches et des camps, enct nbraiïent inutilement l'état-major. La présence de ces oisifs au quartier-général, le ton de dénigrement qu'ils y introduisirent, leurs prétentions excessives, l'accaparement des moyens de transport, le faste de leur existence, étaient autant de causes de désordre et d'indiscipline entravant l'action du généralissime, minant son autorité, et portant atteinte à la mobilité de l'armée et à l'esprit militaire des officiers subalternes et des soldats.

Et cependant les abus que devait entrainer cet état de choses avaient été soigneusement prévus et réprimés, tout au moins sur le papier. Une ordonnance du 9 mars 1757 (1) avait proportionné le nombre de chevaux et de voitures à chaque grade, et fixé jusqu’à l'ordinaire de chaque repas. C’est ainsi que le lieutenant-général avait droit à 30 chevaux et à 3 voitures, le maréchal de camp à 20 chevaux et à 2 voitures, le brigadier, colonel ou mestre de camp, à 16 chevaux et à une voiture. Il était strictement défendu de toucher un nombre de rations de fourrage supérieur à celui des chevaux alloués. Quant à la nourriture, il était édicté que les officiers généraux « ne pourraient faire servir autre chose que des potages, du bouilli, du rôti composé de viande de boucherie et de volaille, sans autre gibier que celui de la localité ; les entrées seront de mème de viande apprètée simplement, sans coulis, essences, ni autres recherches. » Les entremets et desserts

(1) Recueil d'ordonnances 1757. Bibliothèque de la Guerre.

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devaient être « sans autres sucreries que des confitures conservées et servies dans des pots, et sans qu'on puisse faire usage de cristaux, porcelaine, et aucuns vases de cette espèce. »

Il est presque superflu d'ajouter que cette réglementation minutieuse eut le sort réservé aux lois somptuaires: elle fut reproduite avec plus de détails, et avec un succés égal, par le maréchal de Belleicle pendant son ministère en 1758. Il ne suffisait pas de rédiger des ordonnances à Paris, il fallait les appliquer à l’armée. Ce n'était pas chose facile; nous verrons d’Estrées et son successeur Richelieu se plaindre à maintes reprises des entraves que leur créaient le nombre, le train de vie et la manière d’être de leurs généraux, tout en se déclarant impuissants à v porter remède, tant ils redoutaient d'entamer la lutte contre des grands seigneurs, leurs subordonnés sans doute, mais dont le crédit à la cour était souvent supérieur au leur.

En attendant que ces inconvénients se manifestassent devant l'ennemi, la nécessité de trainer avec soi les voitures de l'état-major aggravait les difficultés de transport. Le maréchal se demande avec inquiétude (1) « sur quoi on peut compter en avançant dans le pays où nos besoins augmenteront considérablement, et en proportion énorme du poids que nous avons à tirer? Nous avons encore sur la Meuse et le haut Rhin presque toute notre cavalerie, et tous nos chevaux de vivres et d'artillerie en arrière... Jusqu'au 10 (mai) nous ne ferons aucun mouvement. »

Cependant, sur l'avis que le duc de Cumberland venait d'ccuper Bielefeidt avec 10,000 hommes, d'Estrées écrit l# 5 mai au ministre qu'il anticipera de deux jours pour appuyer ses avant-gardes de Westphalie et de Lip-

(1) Estrées au ministre, 3 mai 1757. Archives de la Guerre.

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