EMBARRAS DE D'ESTRÉES
pstadt. « Je vous prie (1), Monsieur, d'assurer Sa Majesté que je ne précipite rien, étant nécessaire de ne pas manger trop promptement ce qui est en avant de nous; mais je n'oublierai aucune des mesures nécessaires pour soutenir Munster, quand même il faudrait donner une bataille, mais j'en doute. « 11 dénonce la mauvaise volonté de la régence de l'évêché qui n° veut pas se préter à la constitution des magasins; au besoin il fera four- 'ager.
Ces embarras n'étaient pas les seuls; tantôt ce sont les Suisses du régiment de Lochmann qui refusent de passer le Rhin, sous prétexte que les capitulations réglant leur service sous les drapeaux de la France leur interdisaient d'entrer en Allemagne; tantôt c'est le corps auxiliaire des Palatins à la solde française (2) qui ne veut pas se mettre en marche. Du côté de la Westphalie, la principale préoccupation était celle de faire vivre les chevaux de la cavalerie et du train; mais pour Lippstadt, à ce souci s’ajoutait la crainte inspirée par la présence des Hanovriens et Prussiens à Bielefeldt et à Rittberg. Le détachement francais sous les ordres du général de Saint-Germain, beaucoup plus rapproché de l'ennemi que de Wesel, était tout à fait en l'air et ne pouvait compter que sur Soubise, qui tout en restant subordonné au maréchal, avait un commandement séparé dans ce district. D'Estrées, qui n'avait jamais été partisan de la pointe sur Lippstadt, est fort perplexe sur le parti à prendre. « Si je m'avance dans cette saison, écrit-il à Soubise (3), je détruirai l’armée du Roi et je mangerai sans ressources le pays... vous connaissez l'impossibilité que je puisse faire usage de l’armée avant que la faulx puisse me fournir des subsistances. » D'autre part il sent bien l'inconvénient de laisser l'ennemi
(1) Estrées au ministre, 5 mai 1757. Archives de la Guerre. (2) Convention passée avec l'Électeur Palatin le 26 mars 1757. (3) Estrées à Soubise, 6 mai 1757. Archives de la Guerre.