PÉNURIE DE FOURRAGES
des foins. Au lieu de cela il fallait y aïler en mai, c'està-dire à l'époque la plus mauvaise de l’année pour se procurer des fourrages. À cette difficulté initiale, si on ajoute le. triste état des routes, aggravé par des pluies torrentielles, on aura une idée des questions de vivres et de transport qui jouèrent un si grand rôle au début de la campagne. Paris Duverney se rendait si bien compte des complications de la situation qu’il écrivait (1) à Lucé : «Il faut vous armer de patience et de courage et faire le possible.. en un mot on fera comme on pourra, pour moi je n'y connais pas de remède. » Cet aveu ne l’empêchait pas, comme on le verra, d'intrigurr contre le maréchal d'Estrées.
A Paris, on perdait de vue, ou l’on s’obstinait à ne pas voir les causes du retard; le cabinet, ému des succès du roi de Prusse en Bohème, harcelé par les sollicitations de la cour de Vienne dont Stahremberg se faisait l’infatigable interprète, aurait voulu l’armée sur le Weser alors que son avant-garde avait à peine dépassé le Rhin. Belleisle, qui en dépit de la faveur croissante de Duverney avait encore voix au chapitre , et qui avait beaucoup contribué à la nomination du général en chef, sentait fort bien la nécessité de brusquer le mouvement; aussi ne cesse-t-il de stimuler d’Estrées, soit directement, soit par l’entremise de son fils, M. de Gisors. « Je comprends mieux qu’ua autre, écrit-il à ce dernier (2), toute l’étendue de l’embarras de M. le maréchal d’Estrées par rapport aux subsistances; il est dans L cas où il faut forcer nature, passer par-dessus toutes sortes de considérations particulières, et imaginer toutes sortes d’expédients qui sont rarement trouvés par tout autre que celui sur lequel roule la Deso-
(1) Duverney à Lucé, 17 mai 1757. Papiers de Clermont, vol. XXXIL. Archives de la Guerte.
(2) Belleisle à Gisors, 16 mai 1757. Archives de la Guerre. Lettre citée par M. Camille Rousset.
gne.. C'est là le cas où il faut laisser en arrière pour un temps les équipages de tout le monde, faire marcher les officiers d'infanterie à pied. J'avais réduit dans le comté de Nice mon infanterie à vingt-six chevaux par bataillon, tout compris. » Le ministre de la Guerre, plus 2irconspect, transmettait à d’Estrées le désir de Sa Majesté de voir avancer son armée, tout en déclarant qu'on s’en rapportait à lui sur l'exécution. « Le Roi, ajoute Paulmy (1), s'intéresse très fort à votre santé... Sa Majesté a vu avec plaisir que vous vous trouviez soulagé au moyen de ce que la goutte vous à pris au pied, et elle espère que l'humeur s’y étant fixée vous en aurez la tète plus libre. » Il est difficile de savoir s'il se glissait quelque ironie dans la prose ministérielle; toujours est-il que le général en chef s'impatiente des reproches plus ou moins déguisés que chaque courrier lui apporte. « Si je laisse, écrit-il au ministre (2), l'ennemi s'établir à manger le pays, la campagne sera manquée ; il y a longtemps que je !2 s:: mais de tous ceux qui sont ici il n’y en a pas un qui «roi que j'aie pu marcher plustôt, n’y ayant jamais eu de fourrage au Rhin. »
Cependant cette période d'attente ne pouvait pas se prolonger indéfiniment. Le duc de Cumberland avait profité de l’inaction des Français pour se porter à leur rencontre. Soubise qui formait l'avant-garde avec son corps désigné sous l'appellation impropre de réserve, mandait (3) que l'ennemi venait d'occuper Paderborn avec 12,000 hommes et 24 canons, et qu’il levait des réquisitions dans tout le pays. Cette nouvelle et les injonctions de la cour eurent pour effet d'activer les mouvements.
On commença par envoyer des renforts à S: 4 Vous aurez, lui écrit d’Estrées (4), 33 bataillons +: Lipp-
(1) Paulmy à d'Estrées, 16 mai 1757. Archives de la Guerre. (2) Estrées au ministre, 19 mai 1757. Archives de la Guerre. (3) Soubise à d’Estrées, 20 mai 1757. Archives de la Guerre, (4) Estrées à Soubise, 20 mai 1756. Archives de la Guerre.
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