‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 209 sur 385 · SOMMATION ADRESSÉE A CUMBERLAND · texte numérisé non relu

SOMMATION ADRESSÉE A CUMBERLAND

stadt et Hamm ; c’est le denier de la veuve et plus que je ne puis donner. » Le gros de l'armée s’ébranla du camp de Wesel le 21 mai et fit route sur Munster. L'entrée en campagne avait été précédée d'une lettre adressée à « l’officier général des troupes hanovriennes », demandant le transit. A cette sommation le général Sporcken avait répondu (1), « par ordre de Son Altesse royale qui commande l’ermée d'observation de Sa Majesté, que le but en est de veiller à la défense et à la conservation de ses États et de ceux de ses alliés, ainsi que pour s'opposer et empécher le passage d'aucunes troupes par ces mêmes États. » Malgré son incorrection , ie français de Sporcken était clair. La question de neutralité du Hanovre était tranchée, et les hostilités allaient s'ouvrir entre Louis XV et le roi George II, en sa qualité d'Électeur.

En dépit du fier langage du général hanovrien, la confiance n’était pas grande à l'état-major du duc de Cumberland. Ce prince n'avait encore sous ses ordres que ## bataillons et #4 escadrons, dont à peine la moitié avec lui au camp de Bielefel1t, le reste en chemin pour rallier l’avantgarde ou encore dans les garnisons du Hanovre. En fait de renforts, il ne devait compter que sur les Hessois revenus d'Angleterre, qui venaient de débarquer à Stade (2) et qui ne pourraient rejoindre de longtemps. En outre, il partageait évidemment les soupcons de son père sur la fidélité des confédérés, à commencer par celle du roi de Prusse. « Le duc de Wolfenbuttel, écrivait-il vers cette époque (3) à Mitchell, m'a fait le plaisir de me rendre visite ce matin ; mais je ne dois pas vous cacher que ses déclarations et ses assurances au sujet de l'alliance de Sa

+) Sporcken au maréchal d'Estrées. Bielefeldt, 15 mai 1757. Mitchell Papers. British Museum.

(2) Le débarquement était en train le 12 mai. Colonel Amherst à Holdernesse. Stade, le 12 mai 1757. Record Office.

(3) Cumberland à Mitchell. Bielefeldt, 6 mai 1757. Mitchell Papers.

Majesté et du roi de Prusse aient été aussi catégoriques que je puisse le désirer. Cependant le lieutenant-général Imhoff qui commande les troupes a informé le général Zastrow que, pour le cas où ne pourrions pas couvrir les États du duc, il avait ordre de se séparer de nous, et de se retirer à Brunswick avec les troupes du duc. d'estime qu'il faudrait informer le roi de Prusse de cet avis. »

Quelques jours après, c’est de ce monarque qu’il est question. « Nous savons tous (1) que le roi de Prusse n'aime pas les longues guerres, si bien qu’une paix subite pourrait être sur le chantier... Je suis sûr que vous n'aviez n°, besoin de cette suggestion, mais dans nos circonstances critiques je n’ai pas pu m'empêcher de vous la confier. » En attendant la réalisation de ces sombres prévisions, Cumberland avait pris une excellente position à Bielefeldt: A à de cette ville. située entre l’Ems et le Weser, il observait

M à l'offensive lente et méthodique du maréchal d’Estrées, Fa protégeait ses fourrageurs, et cherchait ainsi à tirer le 1E plus de vivres possible de la Westphalie et des autres possessions de l'Électeur de Cologne.

Ce fut à l’occasion d’une de ces incursions qu’eut lieu la première rencontre; elle fut à l'avantage des Français. Un détachement du corps franc de Fischer tomba à l'improviste sur un parti de Hanovriens qui était venu lever des réquisitions dans les environs de Marienfeld sur l'Ems: ces derniers perdirent une trentaine des leurs, tués ou faits prisonniers. Malgré ce petit échec, Cumberland, encouragé par les succès de Frédéric en Bohème et par les lenteurs de l'adversaire, multiplia ses expéditions et parvint à réunir des approvisionnements considérables. Le 20 mai il avait occupé la ville de Paderborn, et était ainsi devenu maitre des ressources de l’évèché de ce nom dont l'Électeur de Cologne était titulaire. D'autre part une bri-

(1) Cumberland à Mitchell. Bielefeldt, 13 mai 1757. Mitchell Papers.

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L'ARMÉE EN MARCHE. 401 que gade détachée du quartier-général reprit possession de holf Rittberg, capitale d'une principauté appartenant au comte low de Kaunitz; les habitants durent payer pour leur seis du gneur et acquitter des impositions en nature et en argent. reti- De la marche des Français à travers la Westphalie, le qu'il comte de Gisors fait une description qui pourrait s’appli-

quer à des opérations du même genre de date plus réques- cente. Son récit démontre que le problème de mouvoir aime des corps de troupes avec leur matériel était fort mal Jour- connu au dix-huitième siècle. Espérons que la science et Z PES l'expérience de nos états-majors actuels saura le résoua'1ces dre dans les guerres futures.

er. » « Hier, écrit le jeune colonel (1), en partant de Limbeck sions, nous marchions sur 2 colonnes... Arrivé à deux heures du feldt: matin sur le bord d’une petite rivière qui est à 1/2 lieue ervait en decà de notre camp, M. de la Vauguyon, qui nous mestrées, nait, nous ordonna de faire halte et de laisser passer tous rer le les équipages de l’armée devant nous. Remarquez qu'il autres pleuvait à verse, nos soldats avaient chaud et il ne leur restait plus ni pain ni viande. Pendant deux heures j'atlieu la tendis patiemnient. Au bout de ce temps, n’ayant encore his. Un passé que les équipages de 8 bataillons, parce qu'il y l'im- avait beaucoup de gros équipages mêlés avec les menus à lever et qu'à tout moment un chariot s'embourbait ou un chel'Ems; val s'abattait, nous primes sur nous, le marquis de Ville- 1és OÙ roy (2) et moi, d'aller trouver M. de la Vauguyon dans d, en- un village sur le bord de cette rivière où il se chauffait, ar les et de lui représenter que nos soldats, n’en pouvant plus t par- de froid et de misère, couraient risque de demeurer là . Le 20 jusqu'à six heures du soir s’il voulait attendre que tous t ainsi les équipages eussent défilé. M. de la Vauguyon fut frappé n dont de nos raisons et donna ordre au régiment de Lionnois e bri-

(1) Gisors à Belleisle. Dulmen, 24 mai 1757. Archives de la Guerre. Lettre citée par Camille Rousset.

(2) Colonel du régiment de Lyonnoïs.

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qui faisait la tète de se remettre en merche. Champagne suivit. Mon premier bataillon commençait à entrer dans le village, qu'il m'arriva ordre d'aller reprendre le terrain où j'avais fait halte; sur le champ je fis battre la retraite et j'y remarchai. Au bout de 5 ou 6 minutes, ordre de remarcher en avant. Je fis battre aux champs ct nous remarchâmes face en tête; enfin deux bataillons du régiment ayant déjà dépassé le village, on arrêta les deux autres dans le village même, répandus par petits pelotons, et dans cette position nous sommes demeurés jusqu'à cinq heures à la pluie, jusqu'à ce que la dernière bourrique de l’armée ait défilé. »

Toute l'énergie du comte de Gisors ne put empêcher quelques désordres; trois grenadiers de Champagne qui étaient en maraude furent arrêtés par le grand prévot. Sur les prières de leurs camarades, le maréchal se contenta (1) de les condamner « à être toute la campagne à la garde du camp, à marcher attachés à la tète du régiment, à être privés d’avoir l'honneur d'aller à la guerre. » Pour ces actes d'indiscipline on pouvait parfois invoquer des circonstances atténuantes. Quoiqu’à Munster on fût encore en pays ami, l’'évèché dont cette ville était la capitale appartenant à l'Électeur de Cologne, les autorités, à en juger par les dépèches échangées, se montrèrent assez mal disposées à l'égard de leurs alliés. À Munster même (2), le commissaire des guerres, faute d’un local qu'on ne voulait pas lui fournir , avait été obligé d'occuper le collège des vévérends Pères Jésuites pour y installer ses malades: à Remibergen, pour le mème service, les Français avaient pris possession d'une maison appartenant à l'Électeur. Toutefois, malgré ces incidents presque inévitables en temps de guerre, la conduite et la tenue du soldat étaient

(1) Cornillon au ministre. Dulmen, 24 mai 1757. Archives de la Guerre. (2) Monteil à Estrées, 25 mai 1757. Archives de la Guerre.

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