‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 22 sur 385 · VIOLATION DES ARCHIVES DE DRESDE · texte numérisé non relu

VIOLATION DES ARCHIVES DE DRESDE

nérent lieu à des incidents bien connus qui envenimèrent les relations déjà tendues des cours de Versailles et de Ber:lin, et qui précipitèrent une rupture d'ailleurs inévitable. Frédéric avait à cœur, on le sait, de prouver les accusations qu'il lançait contre le roi de Pologne et contre son ministre, et sur lesquelles il s’appuyait pour motiver aux yeux de l’Europe l'étrange agression dont il était l'auteur. Pour cela il fallait saisir et publier les pièces originales dont il possédait depuis longtemps les copies, grâce à la trahison de l’employé Mentzel. Peut-être la recherche ferait-elle trouver d'autres documents favorables à sa thèse. L'entreprise n'était pas sans rencontrer quelques obstacles, dont le principal était la présence de la reine de Pologne au palais dans lequel se trouvaient les archives de l'Électorat. La violation des appartements de cette princesse, les procédés tout au moins peu courtois dont il faudrait user à son égard, pourraient être fort mal interprétés par les cours d'Europe, et notamment par celle de Versailles que la Prusse avait grand intérêt à ménager. Frédéric ne se laissa pas détourner par ces considérations; il comptait trop sur l'effet de la publication projetée pour s'arrêter devant l'odieux des moyens à employer. Il chercha mème à les expliquer par la nécessité dans laquelle il se trouvait de produire des pièces justificatives que le cabinet de Dresde n’eût pas hésité à faire disparaitre (1) s’il lui en avait laissé le loisir.

L'historien Vitzthum (2) et le duc de Broglie ont fait un récit détaillé de l'incident, qui est relaté d'autre part dans une lettre du ministre autrichien Sternberg (3) à son beau-frère et collègue Stahremberg. « Lors de son arrivée dans les faubourgs de Dresde, le roi de Prusse, tout en en-

(1) Eichel à Podewils, 21 septembre 1756. Correspondance politique, vol. XIII, p. 429.

(2) Vitzthum, vol. II, p. 331 et suiv. Broglie. Secret du roi.

(3) Sternberg à Stahremberg, Dresde, 10 septembre 1756. Archives deVienne.

APRES ST RTE"

voyant cinq bataillons pour occuper la ville, avait dépèché son aide de camp à la reine, avec un compliment fort poli, pour lui dire qu’elle n’en doit prendre aucun ombrage, vu que ce n’était que pour plus grande sûreté, et pour empècher qu’il n'arrive aucun désordre dans la ville. On à mis d'abord des sentinelles, non seulement au bas du château, mais sur les corridors et même devant la porte de ce qu’on appelle le cabinet secret, et où est le bureau des affaires étrangères. La reine ayant fait demander au roi de faire ôter les sentinelles , et de permettre que les Cent Suisses continuent comme auparavant à garder le château, au lieu de les retirer il a fait doubler les postes et a donné l'ordre d'enlever tous les papiers. Quand la reine fut avertie de cette nouvelle, et qu'on était sur le point de se porter à cet excès, elle eut la fermeté de se mettre devant la porte pour s’y opposer, disant que le roi de Prusse lui avait donné les plus fortes assurances de son amitié, et qu'il aurait tous les égards et attentions pour élle et la famille royale ; ainsi se fiarit à sa parole elle ne pouvait pas croire qu'il eût donné de pareils ordres, et dit à l'officier de surseoir jusqu'à ce qu'elle puisse savoir les intentions du roi, chez qui elle a d'abord envoyé un chambellan pour lui faire des représentations. Mais malheureusement elle n’eut pour toute réponse que beaucoup de compliments, que le roi était fâché que les circonstances l’obligaient d’en agir ainsi, qu’il tâcherait d'adoucir son sort et celui de la famille royale autant qu'il dépendrait de lui, et en même temps néuvel ordre d’emporter tout de suite tous les papiers de gré ou de force, ce qui vient d’être exécuté au pied de la lettre; ei les clefs n'ayant pas d’abord été à la main, on a fait venir un serrurier pour ouvrir les bureaux et on a pris tout ce qu’il y avait dedans. La reine fit avertir tous les ministres étrangers pour nous donner part de tout ceci, afin d'en pouvoir informer nos cours, et il n’y à aucun qui n'ait été pénétré en entendant ce récit. Je doute

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