THÉORIES DE D'ESTRÉES SUR LA POURSUITE
werde (1) pour presser cette retraite aussitôt que j'aurai du pain. » Il se justifie de n'avoir pas combattu les confédérés : « Quelque nécessaires que soient les actions d'éclat, je ne puis me les promettre que des temps où, sans rien précipiter, j'aurai pu me mettre en état d'agir. On a beau gloser, critiquer, me desservir, cela ne peut me donner aucune activité, de plus nul homme dans l'armée ne peut aller plus vite que j'ai fait... Je vous ai prévenu dès Wesel, et vous entendrez encore sûrement la même chose, car toutes les difficultés subsisteront jusqu’à ce que la corde casse, ce qui est bien à craindre. » Au ministre de la querre, il fait (2) l'exposé de la théorie applicable selon lui en pareille matière : « J'apprends aussi que l’on dit qu'il était possible d'entamer l’arrière-garde de l'ennemi avec des précautions prises d'avance; des gens qui parlent ainsi ignorent apparemment qu'il faut suivre une arrière-garde avec un corps léger de # à 5,000 hommes livré à lui-même, ce qui a été fait, ou bien marcher avec toute l’armée pour soutenir un corps capable d'attaquer sérieusement. Ils ignorent aussi qu'il faut préparer dans ce pays-ci une marche trois jours d'avance, au hasard de la faire encore fort difficilement. » Fidèle à ces principes, le généralissime ne vint s'établir à Bielefeldt que le 18 juin, soit cinq jours après le départ des Hanovriens.
C'est à propos de la retraite de Cumberland que Maillebois commença sa campagne sournoise contre d'Estrées. Très lié avec le duc de Richelieu sous les ordres duquel il avait servi dans l'ile de Minorque, il aurait voulu voir son ancien chef à la tête de l’armée de Westphalie; il avait cependant accepté l'emploi de maréchal des logis général, dans l'espoir sans doute d'exercer l'influence prépondérante que devait lui valoir sa capacité militaire, ct qui seule pouvait satisfaire son ambition effrénée et
(1) Nom du camp hanovrien établi près de Bielefeldt. (2) Estrées à Paulmy. Bielefeldt, 27 juin 1757. Archives de la Guerre.
son parfait égoïsme. Contre son attente, il trouva en la personne de d’Estrées un supérieur bienveillant, mais résolW à imposer l'obéissance, exigeant parfois, peu entreprenant, trop minutieux, souvent hésitant, mais tenace dans les décisions prises et inflexible dans sa résistance aux suggestions jugées impraticables, de quelque côté qu'elles vinssent, de Versailles où du quartier-général. La mauvaise humeur de Maillebois se traduisit d'abord par des critiques sarcastiques, puis par un dénigrement systématique, et enfin par des accusations véhémentes. Volontiers il eût échangé sa situation contre une fonction analogue dans l'état-major dé Richelieu; le refus qu'il essuya ne fit qu'aigrir sa bile, et les rapports étaient devenus si tendus que, sans le départ de d’Esirées après Hastenbeck, il eût été obligé lui-mème de quitter l’armée. Pour le général en chef, les attaques de son lieutenant étaient d'autant plus dangereuses que ce dernier, fort bien en cour, était en correspondance suivie et secrète avec son beau-frère, le marquis de Paulmy, et avec le tout-puissant Paris Du erney. Dans sa lettre du 14 juin (1) datée de Rheda, Maillebois se montre très dur dans ses appriéciations : « Je vois clairement qu'il faut renoncer à faire ici une campagne convenable à la gloire du Roi et à la situation des affaires. Le général n'en a même pas concu le plan. Tantôt il veut aller au Weser, tantôt dans la Hesse, jamais à l'ennemi. Il me traite bien; il me témoigne amitié et confiance depuis six semaines. Je n'ai pas encore pu lui faire comprendre le système de sa campagne qu'il forme et détruit au moins une fois par jour. Il croit M. de Cumberland plus fort que lui, et il est plus faible de 20,000 hommes. Il vient de le laisser partir sans profit pour sa gloire... Sa tête s’échauffe, il souffre, 1l croit manquer de subsistances, de fourrages, d'artillerie.
(1) Maillebois à Paulmvy. Correspondance secrète, 14 juin 1757. Archives de la Guerre. Partie de cette lettre est citée par M. C. Rousset.
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(2) Pri p. 191.
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