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ATTAQUES DE MAILLEBOIS CONTRE D'ESTREES

Quand je lui montre la possibilité d'assurer ces parties de son service, il dit que je vois tout couleur de rose; pour lui, ilne voit qu'en noir, mais le plus souvent il ne voit pas. Il s’assomme de détails, fait la besogne de tout le monde excepté la sienne. Voilà le tableau exact de notre situation. Jugez si l'on peut compter sur les succès rapides et brillants par lesquels cette armée aurait dû balancer les malheurs de la Bohème. Portez, mon cher frère, toute votre attention sur la nouvelle armée; celle-ci n'aura que des hasards; nous ne prendrons que des partis timides ou faux. » Ce dernier conseil était d'autant moins désintéressé que le donneur d'avis sollicitait une place à l’armée dont il voulait grandir le rôle. Quant à la timidité de la poursuite des Hanovriens, il est difficile d'admettre que le maréchal des logis général n'ait pas eu sa large part de responsabilité dans les fautes commises.

Si, entre Maillebois et le maréchal il y avait peu d'entente et encore moins de confiance, entre celui-ci et le commandant de la réserve, le prince de Soubise, la mésintelligence était devenue publique; « chacun a son parti, écrit un correspondant du comte de Clermont (1), ceux qui n'en prennent point sont bien à plaindre. » Le départ de Soubise pour Versailles où il fut appelé avant de prendre la direction dm. corps auxiliaire, empêcha le désaccord de dégénérer en brouille ouverte.

Dans le camp des confédérés, la conduite de Cumberland soulevà des critiques fort vives. Le Prince héritier de Hesse Cassel, qui commandait, sous les ordres du duc, la brigade prussienne, fit sur la retraite (2) un rapport qui dut donner au roi Frédéric une triste opinion de l’organisation et de la discipline : « Les Hanovriens, les Hessois

(1) Fumel à Clermont. Rhéda, 11 juin 1757. Papiers de Clermont, Archives de la Guerre.

(2) Prince de Hesse Cassel au Roi. Correspondance politique, vol. XV, p. 191.

et les troupes de Brunswick ont marché si vite pour gagner Herford, que si l’armée française était venue pour soutenir le corps qui nous attaquait, toute notre arrièregarde eût été abimée. Voilà ce que c’est que ces armées alliées. En général il paraît que les Hanovriens ne sont pas bons Prussiens; je n’ose confier tout à la plume. » 4 la réception de cet avis, Frédéric, qui à ce moment avait le plus pressant besoin de tout son personnel, prévint Cumberland (1) qu'il ne lui laisserait son contingent qu'autant que le passage du Weser serait disputé: des ordres en conséquence furent envoyés à ses géntraux (2).

A Londres l'impression fut également mauvaise. « Je ne suis pas surpris de l'inquiétude du Roi, écrit Newcastle (3). Se retirer devant l'ennemi n’est pas un bon symptôme, surtout quand il s'agit d'un poste presque inexpugnable. Le pays de Hesse est maintenant tout à fait exposé. » Dans un billet daté de Hanovre, d’un francais bizarre, Münchhausen tient un langage analogue (#4); à ses félicitations à l’occasion du retour de Newcastle aux affaires, il ajoute : « Je n'entre point en matière au sujet des conjonctures présentes, voyant qu'elles n’offrent partout, sur tout, ct aussi de ces environs, que les idées les plus tristes et lugubres. »

Quelques jours avant les incidents de Bielefeldt, la cour de France avait pris de graves décisions : Un mot de Belleisle (5) à son fils, parti de Paris le 11 juin, annoncait la création d’une seconde armée destinée à opérer une diversion en faveur des Autrichiens, et à surveiller les prin-

(1) Frédéric à Cumberland, 12 juillet 1757. Correspondance politique, vol. XV, p. 238.

(2) Frédéric au prince de Hesse Cassel, 27 juin et 3 juillet 1757. Correspondance politique, vol. XV, p. 238.

(3) Newcastle à Hardwicke, 26 juin 1257. Newcastle Papers.

(4) Münchhausen à Newcastle, 28 juin 1757. Newcastle Papers.

(5) Belleisle à Gisors, 11 juin 1757. Archives de la Guerre.

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