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LA NOUVELLE ARMÉE DE RICHELIEU

ces allemands dont l'attitude, depuis la bataille de Prague et l’incursion du colonel Meyer, était devenue fort suspecte. IL était probable que ces troupes, composées d'éléments tirés de France et de la cavalerie laissée en arrière par d’Estrées, seraient commandées par le maréchal de Richelieu. Le rappel du prince de Soubise vint donner plus de consistance à ces bruits issus d'une source autorisée. Bientôt après, une dépêche ministérielle (1) confirma la nomination de Richelieu comme général en chef d'un corps d'armée en Allemagne, dont l’action serait indépendante, et qui se dirigerait sur le Mein et la Lahn. Pour faciliter cette marche, d’Estrées, aussitôt le Weser franchi, aurait à fournir des renforts à Richelieu. Enfin le prince de Soubise était placé à la tête d’une division séparée qui se joindrait aux contingents de l’Empire. Sept licutenants-généraux et dix-huit maréchaux de camp servan sous d’Esirées, étaient désignés pour faire partie des nouvelles formations.

Pendant que les courriers porteurs de ces nouvelles étaient en route, d’Estrées s'était installé dans l’ancien camp de Cumberland. Il médite un pas en avant, mais, toujours circonspect, il ne veut pas s'engager pour une date ferme. « Tout est en mouvement (2) pour se préparer à opérer. Je ne puis encore rien dire sur l’époque fixée ; les fours de Paderborn ne seront sûrement pas prêts de 12 à 15 jours. M. de Bourgade (3) me mande dans la minute qu'il ne peut encore en fixer le temps. » Il annonce l’intention de jeter trois ponts sur le Weser et d'envoyer une division aux ordres du duc d'Orléans, assisté de M. de Contades, occuper la Hesse; de son aile gauche il vient de détacher quelques centaines d'hommes sur l’Ost Frise et le port d'Embden.

1) Paulmy à Estrées, 14 juin 1757. Archives de la Guerre. 2) Estrées à Paulmy. Bielefeldt, 20 juin 1757. Archives de la Guerre. 3) Munitionnaire de l’armée.

at LA GUERRE DE SEPT ANS. -- CHAP. VII.

Comme le prouvent les scènes de Bielefeldt, l’état moral de l’armée laissait à désirer; le général se plaint d'être insuffisamment soutenu par ses officiers. « Je ne puis vous exprimer, Monsieur (1), les désordres qu’il y a eu depuis quatre jours dans l’armée. Les détachements qui ont suivi les Hanovriens ont pillé, et beaucoup; toute l'armée a cru devoir en faire autant, les soldats ont maraudé, assassiné et tout dévasté. Il y en aura 4 de pendus aujourd’hui, les premiers qui serort pris; j'enverrai le capitaine en prison, et en cas de récidive du même régiment le commandant du corps : voilà le seul remède que je sache... J'ai licu de croire qu'il y en a plusieurs {des officiers) qui ne se donnent pas tous les soins possibles pour maintenir le bon ordre; vous me direz que c'est ma faute si je n’en viens pas à bout puisque j'ai l'autorité en main. Je puis vous répondre, Monsieur, que je n'y ai rien négligé et que je redoublerai de soin et d'attention, mais malgré cela je ne suis pas sûr de réussir. L'officier se plaint qu'il manque de tout, que les vivres sont chers et qu’il n’en trouve pas; il voit qu'à mesure qu’il fait un pas en avant la disette augmente; cela lui donne de l'humeur. »

Ainsi qu'on peut se l’imaginer, la demande du contingent à fournir pour la nouvelle armée de Richelieu fut assez mal accueillie au quartier-général. De queue force serait-il? questionne d’Estrées (1); devra-t-il passer par Cassel ou Cologne? Dans la première hypothèse, un mouvement qui nécessitera l'occupaticu de Cassel et de Marburg ne sera-t-il pas trop excentrique pour se combiner avec le passage du Weser? Le brave général, à propos des détails d'exécution, fait l’élog: de son chef d'état-major : « Je dois rendre à M. de Maïlleboïs la justice la plus étendue; il n’y a sorte de peine et de souci qu'il ne se donne pour mettre en activité les différentes

(1) Estrées à Paulmy. Bielefeldt, 20 juin 1757. Archives de la Guerre. (2) Estrées au ministre. Biclefeldt, 21 juin 1757. Archives de la Guerre.

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