‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 218 sur 385 · MARCHE SUR LE WESER · texte numérisé non relu

MARCHE SUR LE WESER

furent gènés en aucune facon par le duc de Cumberland qui resta immobile dans son camp d'Afferde près de Hameln. Le 8 juillet, des ponts furent établis sur le Weser près de Blankenau, et à Hoxter sur le cours supérieur du fleuve ; le même jour, le gros de l’armée s’ébranla du camp de Bielefeldt où il séjournait depuis le 18 juin. Ce long intervalle n'avait pas été complètement perdu. Embden avait apitulé presque sans résistance le 3 juillet; Contades, qui avait remplacé le duc d'Orléans à la tête de la division envoyée en Hesse, annoncait l'occüpation de Cassel pour le 15; Péreuse avait poussé jusqu’à Münden (1) et y avait fait #00 prisonniers. Le maréchal, qui venait de se loger dans l’abbaye de Corvey sur la rive gauche du Weser, relate (2) au ministre ces heureux événements; incidemment, comme pour démentir les insinuations de Maïllebois, il s'excuse de ne pas en dire plus long parce que depuis six jours il a été à cheval tous les matins à trois heures. L'opération, quel qu’en fût l’inspirateur, avait été bien combinée. L'armée francaise, en manœuvrant sur le cours supérieur du Weser, trouvait des facilités pour le passage de la rivière, menacait la gauche de Cumberland posté plus bas sur le fleuve, et couvrait ses communications avec la Hesse et le rentre de l'Allemagne où devait pénétrer le corps de Richelieu.

Au point de vue de la santé et de la discipline des troupes, le temps passé au camp de Bielefeldt avait été mis à profit; à l’occasion d’une revue en réjouissance de la victoire de Kolin, d'Estrées avait pu constater la belle tenue de l'armée; les effectifs étaient nombreux; il ne manquait presque pas de cavaliers, et les bataillons d'infanterie comptaient en moyenne 575 présents. Malheureusement ces résultats ne se maintinrent pas; aussitôt qu'on se remit en mouvement pour gagner le Weser, le désordre

1) Ville située en aval de Cassel sur la rive droite du Weser. (2) Estrécs à Paulmy. Corvey, 13 juillet 1757, Archives de la Guerre.

reprit de plus belle, « L'esprit de maraude et de pillage, écrit un correspondant du duc de Luynes (1), était dans l'armée en entrant en campagne. M. le maréchal a cru ne pouvoi: se dispenser de faire pendre d'abord quelquesuns de ces maraudeurs; il y en a eu environ une vingtaine, » À côté de beaucoup de défaillances, certains colonels et parmi eux en première ligne le comte de Gisors, se consacraient à leur service avec un zèle et un esprit de devoir dignes de tout éloge. « Notre marche de Linghausen ici, mande-t-il à son père (2), qui n'était que de trois petites lieues, a duré neuf heures, à cause du peu d’exactitude avec lequel on exécute l’ordre relatif aux équipages, et de la lenteur exirême dont marchent les Palatins (3) qui ne font perpétuellement que doubler et dédoubler. J'ai adopté l'usage de marcher toujours par quatre, movennant lequel je n'arrête jamais, tous les chemins étant susceptibles de contenir ce nombre d'hommes de front. Quant à la discipline, quant à la propreté, l'inspection se fait les jours de route comme les autres; on n'en souffre aucun qui n’ait la queue faite de frais, une boucle de chaque côté, l’habit bien recousu, et jamais en route il ne leur est permis de dégrafer leurs chapeaux. Presque tous les soirs je vais à l’ordre, où je tâche de leur inspirer par des discours particuliers les sentiments que les soldats de Champagne doivent avoir. Ainsi, moitié par amitié, moitié par sévérité, je tâche de mener à bien la phalange qui m'est confiée. » Du camp de Horn, à deux étapes de Detmold , Gisors répète ses critiques (4) : « Petite journée, chemin embarrassé par tous les équipages qui devancent

(1) Mémoires de Luynes, vol. XVI, p. 112.

(2) Gisors à Belleisle. Detmold, 10 juillet 1757. Archives de la Guerre. Lettre citée par Camille Rousset.

(3) Les Palatins, c'est-à se le contingent fourni par l'Électeur Palatin, avaient rejoint l'armée à Bielefeldt.

(4) Gisors à Belleisle. Horn, 16 juillet 1757. Archives de la Guerre.

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les troupes, malgré les ordres tant de fois réitérés; le grand prévôt qui est chargé de les arrèter ne fait pas plus sa charge à cet égard qu'à aucun autre, »

Décidément les équipages et leurs propriétaires, les princes et les officiers généraux, étaient la plaie de l'armée. Ces grands personnages ne se contentaient pas de retarder la marche des troupes, mais ils se faisaient délivrer des fourrages sans donner de reçus. Une ñote venue de Paris (1) évalue à 50,000 le nombre des rations illégalement prélevées. « Plusieurs officiers généraux avaient prétendu que leurs chevaux fussent nourris, et qu'ils prendraient des voitures avant qu’elles entrassent dans les magasins, ce qu'ils ont exécuté. » Le ministre signale aussi la quantité immense de chariots que tout le monde garde à sa suite. «Unlieutenant général et un colonel en avaient chacun #0 avec eux depuis dix jours. Il n'y à pas de bataillon qui n'en ait une quinzaine. Cela n'empêche que l’on ne prenne beaucoup de fourrages. Les chevaux et équipages marchent sans charge et on crève ceux des misérables paysans. » Ajoutez « des traitements exigés en argent et en nature, des taxes par jour et même des violences sur les pauvres habitants, » le tableau sera complet,

Nous trouvons la confirmation des plaintes soulevées par les exactions de l'armée française dans la correspondance (2) du général ennemi. « La facon dont il (d’Estrées) a traité toute cette partie de l'Allemagne, depuis qu'il a passé le Rhin, ferait croire qu'il est venu plutôt pour détruire le pays que pour le conquérir. En effet, quoiqu'il ait traité avec la plus grande sévérité et rigueur la portion des États de Sa Majesté dont il est à présent le maitre, les pays de Munster et de Paderborn, Dieu le sait, ont souffert tout autant, car dans ces deux évèchés il n’y a pour

(1) Mémoire de M. de Paulmy envoyé à M. le maréchal d'Estrées, et recu le 29 juin 1757. Archives de la Guerre.

(2) Cumberland à Holdernesse. Afferde, 22 juillet 1757. Newcastle Papers.

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ainsi dire pas un paysan qui ait conservé un cheval ou un chariot, »

S'il faut en croire les récits de l'historien Hassell (1), empruntés aux archives de Hanovre, l'indignation du géncral anglais était quelque peu pharisaïque, car les excès attribués aux Français, il aurait pu les reprocher à ses propres troupes qui n'avaient pas l’excuse d’être en pays étranger. Oublieux des égards dus à des compatriotes, les soldats de Cumberland se livraient à la maraude, pillaient les villages et dévastaient les récoltes. Il fallut sévir, et après des mesures restées inefficaces, déléguer pleins pouvoirs au prévôt pour pendre les délinquants ; on fit même accompagner ce fonctionnaire d’un pasteur, ain que la nécessité de donner les consolations de la religion aux condamnés ne retardât pas leur exécution.

Au moment où le prince anglais, fort découragé, joiwnait ses instances à celles du roi de Prusse pour obtenir l'envoi (2) sur le continent d'une division de troupes britanniques, d'Estrées adoptait une résolution énergique. Le succès de l'expédition de Cassel où les Francais étaient entrés sans opposition, l’insistance des dépêches venues de Paris, et s’il faut en croire un témoin fort intéressé, les supplications de Maillebois (3), déterminerent le maréchal à prendre le parti devant lequel il avait si longtemps hésité. « L'armée du Roi, put-il écrire le 16 juillet à Paulmy (#), est enfin de l’autre côté du Weser; d'Ai:.entières est à deux lieues en avant vers Hombourg avec sa réserve. M. de Cumberland se présentera à nous pour nous disputer l’entre-deux du Weser et de la Leine. Je compte l’attaquer aussitôt que nous en aurons

(1) Hassell, p. 331.

(2) Newcastle à Hardwicke, 25 juillet 1757. Newcastle à Ashburnhan, 27 juillet 1757. Newcastle Papers.

(3) Mémoire du comte de Maillebois. Luynes, vol XVI. Appendice.

(4) Estrées à Paulmy, Holtzminden, 16 juillet 1757. Archives de la Guerre.

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