COMMANDEMENT DONNÉ A RICHELIEU
tout va bien. J'ai rappelé au Roi les preuves de la conliance qu'il devait avoir en vous, et vous pouvez être assuré qu'elle est telle qu'elle doit être. »
Depuis son retour de Minorque, Richelieu, en froid avec la marquise, avait été tenu à l'écart des affaires; il passait pour voir d'un mauvais œil l'alliance avec la cour de Vienne et pour être demeuré fidèle au système d'’entente avec la Prusse. Cependant il était difficile de ne pas employer un maréchal de France, encore dans la force de l'âge, que mettaient en relief les services rendus pendant la dernière guerre, le prestige d’une victoire récente, la popularité dans le public, et les recommandations de personnages influents et nombreux. Grâce à l'intervention d'amis communs, le rapprochement se fit avec M®° de Pompadour, et la désignation au commandement de la seconde armée destinée à l'Allemagne démontra la solidité de la réconciliation. Dans un billet (1) dont le ton familier indique l’étroitesse des rapports, M*° de Pompadour met Duverney au courant : « Le Roi m'ordonne de vous mander, mon nigaud, que la politique entrant pour beaucoup dans votre projet, ii faut que vous le confiiez à l’abbé de Bernis. Le maréchal de Belleisle a été un peu récalcitrant au Danube (2); caressez-le quand vous le verrez. A l’égard de M. de Richelieu, le Roï lui parle ce soir. Je vous avertis qu'il ne cache rien à M”° de L. (3); ainsi prenez vos précautions. Bonsoir, mon nigaud, je vous embrasse. »
Probablement décidée dans l’entrevue dont il est question, la nomination de Richelieu put être annoncée à Vienne par Stahremberg (4) le 16 juin, et devint officielle quelques jours plus tard. C'était un premier succès, mais
(1) Mwede Pompadour à Duverney, 12 juin 1757. Correspondance de Berns avec Duverney.
(2) Projet de l'envoi d’un corps de troupes sur le Danube.
(3) Me de Lauraguais.
(4) Stahremberg à Kaunitz. P. S. 16 juin 1757. Archives de Vienne.
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la cabale n'entendait pas en rester là. Pour leur héros, la direction d’un corps de 25,000 hommes environ était une besogne trop mince, alors surtout que celle de l'armée de Westphalie, d’un effectif plus que triple, était confiée à un général moins ancien de grade et de capacité à leur estime très inférieure. Tout le clan s’agita de plus belle: Duverney, Bernis, Paulmy, la Pompadour, les amies du galant maréchal, fort nombreuses à la cour, mirent tout en œuvre pour la fusion des deux armées et pour | élévation du vainqueur de Mahon au commandement suprême.
D'Estrées aurait voulu faire le jeu de son rival qu'il n'eût pas agi autrement; sa lenteur, son flegme, sa résistance aux exhortations de Versailles, donnèrent barre sur lui; le mécontentement naturel ainsi créé fut envenimé par des confidences extraites de la correspondance de Maillebois avec le ministre de la guerre, et de Bourgade, munitionnaire de l’armée, avec Duverney. Nous sommes déjà édifiés sur les sentiments de Maillebois à l'égard de son chef; ceux de Bourgade n'étaient guère plus favorables, à en juger par le contenu d’une lettre (1) Partieulière que Duverney recut, ou se fit écrire, et qu'il s'empressa de communiquer à Bernis : « Vous me demander, Monsieur, les causes du retard : elles sont simples ; J ose vous dire, pour vous seul je vous en conjure, qu il faut un général et un intendant (2). Toute L'Armée pense de mème; je suis à portée de le voir mieux qu’un autre. Le premier n'a que des inquiétudes, aucun plan, ne fait prendre aucun parti, craint de hasarder où 1l n'y a point de danger, est aux ordres des ennemis au lieu de les mettre aux siens, se croit toujours trop faible. L'armée est dans un désordre affreux, personne n’a confiance, ni
(1) Bourgade à Duverney, 1 juillet 1757. Correspondance du cardinal
de Bernis. .
(2) M. de Lucé, intendant de l’armée de d’Estrées, ne fut remplacé qu'à la
fin de la campagne.
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(1) Bernis à Duverney.
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