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SÉJOUR DE RICHELIEU À HANOVRE

vera peut-être mauvais que je n'aie pas couru après M. de Cumberland à Verden; mais il me faut des établissements ici, L'armée est outrée de fatigue et de dyssenterie des mauvaises eaux : il faut la rétablir, la laisser jouir d’un peu de repos, boire du vin, de la bière. » Au ministre de la guerre Paulmy, le maréchal écrivait (1) dens le même sens ; il ne serait pratique de reprendre l'offensive qu'après un repos nécessité par la lassitude et l'état maladif des troupes. « M. le duc de Cumberland, ajoute-t-il, est à 18 licues d'ici, et j'aurais peine à y marcher avant d'avoir fait des établissements et quelques dépôts en cette ville. C'est d’ailleurs un procédé difficile, qui exige des précautions, de passer une rivière (2) devant une armée qui y est postée. »

Décidément les raisonnements du nouveau général en chef ressemblaient fort à ceux de son prédécesseur. Duverney, avec beaucoup de ménagements, chercha (3) à réfuter les objections de son correspondant : L'infériorité de Cumberland, l'impossibilité dans laquelle se trouve Frédéric de secourir les Hanovriens, son éloignement du champ d'action, doivent rassurer sur un retour offensif de l'ennemi. Déjà à Paris on critique la lenteur des mouvements de l’armée; un repos de deux ou trois jours devra suffire pour remettre les soldats en état; quant aux vivres M. de Bourgade saura y pourvoir, l'essentiel est de s’attacher à la poursuite de Cumberland. Richelieu se rendait si bien compte de l’état de l'opinion qu'avant de recevoir les invitations de ses amis il s'était décidé à agir.

Il annonce à Paulmy son départ pour Verden : « Si vous aviez été témoin (4) de la conversation que je viens d’a-

1) Richelieu à Paulmy, 12 août 1757. Archives de la Guerre.

(2) Allusion au passage de l’Aller qu'il fallait franchir pour attaquer Curiberland à Verden.

‘3; Duverney à Richelieu, 21 août 1757. Correspondance &: R:c. ‘lieu arec Duverney.

(4) Richelieu à Paulmy, 18 août 1757. Archives de la Guerre.

voir avec Bourgade, Messieurs de Lucé et de Maillebois, vous sericz moins surpris de mon séjour que de la marche que je commence après-demain. » Il se plaint du peu de valeur de sa cavalerie légère : « Quelques régiments de cavalerie autrichienne donneraient de bons exemples à nos troupes légères qui en ont besoin, auxquelles ils apprendraient peut-être à faire la guerre comme eux, dont ils sont encore éloignés. »

Entre temps, avait eu lieu le détachement du duc d’Ayen sur Brunswick. Richelieu n'était pas sans inquiétude sur les suites de ce mouvement excentrique; aussi signale-t-il le danger de laisser l’armée hanovrienne sur le flanc d’une ligne qui allait s'étendre depuis Verden ou le bas Elbe jusqu'à Brunswick. Si Cumberland se retire à Stade, demande-t-il, faudra-t-il faire le siège de cette place, éloignée de plus de soixante lieues de Brunswick? Pendant qu'on serait absorbé par cette opération, le roi de Prusse ne pourrait-il pas faire une pointe sur l'Ocker, que les Impériaux et Soubise seraient impuissants à empêcher? Malgré les hésitations qu'indiquent ces questions, on se porta en avant; le 23 août Richelieu installa son quartier-général à Mariensee; le même jour Cumberland évacua la ville de Verden qui fut occupée le lendemain par le duc de Broglie; les Hanovriens continuèrent leur retraite dans la direction de Stade.

Pendant le séjour des Français sur les bords de l'Aller qu’ils venaient de franchir à Verden, se produisirent des incidents qui durent éclairer le maréchal sur le désarroi de son adversaire. À Mariensee il recut du duc de Cumberland une lettre datée du 21 août, proposant une suspension d'armes. Découragé par les revers de la Bohème, par l’état de ses troupes, par le refus du ministère britannique de lui venir en aide, le prince anglais s'était décidé à se servir de l'autorisation donnée, comme nous le verrons plus loin, par le Roi, son père; il était prêt à en-

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