OUVERTURES DE CUMBERLAND
tamer des pourparlers avec le commandant de l'armée française, « pour permettre, comme il l'écrivait (1), aux deux cours de, convenir de ce que je ne puis appeler une paix, car je ne connais point de guerre déclarée entre la France et l’Électorat de Hanovre. » A cette ouverture inattendue, Richelieu avait répondu par un refus formel. Le mème jour, M. d'Hardenberg, conseiller privé, venu de Hanovre, s'était présenté au quartier-général et avait sollicité un laisser-passer pour se rendre au camp de Cumberland. La permission ne fut pas accordée et d'Hardenberg fut obligé de rebrousser chemin. Dans le récit qu'il fit de sa conversation avec le maréchal, nous trouvons l'expression des vues de ce dernier, fort différentes de ce qu'elles devinrent quinze jours après.
« Dès mon arrivée à Mariensee, écrit Hardenberg à Cumberland (2), le maréchal de Richelieu me fit voir la lettre de Votre Altesse Rc yale avec la réponse qu'il y avait faite; et à l’arrivée du second trompette il me dit : « Le duc de Cumberland se moque de moi avec son armistice; croit-il vouloir ou pouvoir désunir le Roi mon maitre d'avec ses alliés? » Dans l'entretien que j'ai eu avec lui, à différentes reprises je lui dis que je m'étonnais de le voir si peu disposé à un accommodement. Il me répondit que les choses avaient changé de face; qu’il connaissait les intentions de sa cour et qu'il était trop tard de songer à une neutralité. « J'ai répondu, poursuivit-il, la même chose au duc de Bronsvic (sic) qui la sollicite vivement, et je ne dois ni ne puis agir au moment présent que pour l'utilité et la gloire de mou armée; d’ailleurs je ne souhaite que la conciliation; mais peut-être nous faudra-t-il encore une campagne, et tenez toujours pour sûr que nous ne ferons pas une bête de paix comme celle d’Aix-la-Chapelle. »
Cependant, malgré cette attitude intransigeante, en po-
(1) Cumberland à Richelieu, Verden, 21 août 1757. Archives de la Guerre.
(2) Hardenberg à Cumberland, Hanovre, 26 août 1757. Newcastle Papers. GUERRE DE SEPT ANS. 30
litique avisé, le général en chef ne crut pas devoir négliger ces indices. Bien que résolu à profiter du découragement évident de l'ennemi, et très désireux d’un succès qui fit oublier celui d'Hastenbeck, il se souciait peu, en acculant Cumberland à l’Elbe, de se mettre sur les bras une opération aussi longue et aussi scabreuse que le siège de Stade. Il lui faudrait transporter son artillerie à travers un pays de marais et dépourvu de routes, chercher au loin, à grand renfort d’attelages, la nourriture de ses troupes, exposer ses soldats aux fièvres qu'occasionnerait un séjour prolongé dans une contrée malsaine; à toutes ces difficultés s’ajouterait le grave inconvénient de s’écarter, par une opération excentrique, d'Halberstadt et de Magdebourg, objectifs visés par les instructions du Roi. Plus on s'enfoncait vers le nord, plus on s'éloignait des États du roi de Prusse, et plus on aurait à redouter une attaque de ce prince sur ses derrières. Sous l'impression de ces sentiments, Richelieu se demanda si l'intervention d’une puissance voisine, le Danemark, ne pourrait pas amener entre les belligérants un arrangement dont il ne lui appartenait pas de prendre l'initiative, et qu'il n’était pas autorisé à négocier directement. Déjà le roi de Danemark avait proposé à la cour de Versailles une convention relative aux duchés de Brème et de Verden; il serait facile d'étendre les pourparlers entamés à l'Électeur du Hanovre, au landgrave de Hesse réfugié à Hambourg, et au duc de Brunswick prisonnier dans sa résidence. Süûre de la neutralité des confédérés du nord de l'Allemagne, tranquille sur ses lignes de communication, l’armée de Westphalie pourrait tourner tous ses efforts contre le roi de Prusse, seconder les vues de l’Impératrice-Reine et de son fidèle ami Louis XV, assurer sa subsistance aux dépens de l'ennemi, et se préparer des quartiers d'hiver dans des régions plus fertiles et plus saines que les marécages de la zone septentrionale du Hanovre,
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(1) Richelie Guerre.