‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 242 sur 385 · POURSUITE DE CUMBERLAND · texte numérisé non relu

POURSUITE DE CUMBERLAND

l'artillerie ne pourra pas tenir, non plus que le convoi de vivres. » Des environs de Weille où il se trouvait le 31 août, il fait la description suivante (1) : « Notre camp d'aujourd'hui est affreux, c’est une bruyère marécageuse dont les exhalaisons puent extraordinairement; le quartier-général est dans un petit hameau composé de douze maisons couvertes de chaume. » Au courant de la journée il y avait eu une escarmouche à Rottenburg; on n'avait pu entamer l'ennemi qui avait rompu les ponts en se retirant sur Giheim. M. de Monteynard, commandant de l'avant-garde francaise, n'espérait pas être plus heureux le lendemain : « Giheim est entouré de marais, écritil, (2) on n'y peut arriver que par une chaussée à travers ce marais ; l'ennemi a coupé en plusieurs endroits cette chaussée. » D'ailleurs le corps principal des Hanovriens était parti, et l’on n'avait en face de soi qu'une faible arrière-garde qui ne tiendrait pas. « La cavalerie de mon détachement arrive seulement à présent; elle n'a pas débridé depuis la pointe du jour... Je fais actuellement donner aux cavaliers qui n'ont point de pain des tonneaux de farine pour rassasier comme ils le pourront la grosse faim. »

Richelieu, dont l’activité dépassait de beaucoup celle de ses subordonnés, se plaignit (3) non sans raison de la mollesse de la poursuite. « Il a grande envie que l'armée s'avance demain, ecrivait Gisors (4) le soir de la petite affaire de Rottenburg ; mais il faut prévoir si la distribution de foin pourra être faite demain d’assez bonne heure, et je doute fort que Maillebois, qui est fort incommodé de la outte à Verden, se porte à cette précipitation. »

(1) Gisors à Belleisle. Weille. 31, août 1757. Archives de la Guerre.

(>) Monteynard à Saint-Pern, Bultersheim, 31 août 1757. Archives de la Guerre.

(3) Richelieu à Paulmy, 1°" septembre 1757. Archives de la Guerre.

(4) Gisors à Belleisle. 31 août 1757. Archives de la Guerre.

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Sur ces entrefaites le maréchal apprit (1) l'occupation de Brême par M. d'Armentières et la prise d'Harbourz ; cette dernière ville située sur un bras de l’Elbe, en face de Hambourg, s'était rendue à la sommation de M. de Grandmaison escorté de quelques troupes légères. Comptant sur l'effet moral que produiraient c°s nouvelles, Richelieu laissa le gros de l'armée, retenu à Weille par le manque de vivres, et courut aux avant-postes où il assista, non sans quelque danger, à un combat assez vif à Bevern, entre le détachement de Poyanne et un corps de Hessois; il dut même reculer jusqu'à Closter Seven où il établit son quartier-général le & septembre, st où 1 appela à lui les divisions restées en arrière. Le lendemain le comte de Lynar, envoyé danois, arriva au camp français et entama des pourparlers qui mirent fin aux opérations militaires.

En résumé, Richelieu, malgré les vacillations du début et quelque décousu dans ses manœuvres, avait ment sa besogne avec entrain et succès. L'ennemi désuni, fatigué, acculé à l'embouchure de l'Elbe, sans autre appui que les faibles fortifications de la ville de Stade, démoralisé par une retraite non interrompue, était à la merci du vainqueur. Aussi les admirateurs du maréchal ne se possèdent plus de joie; l’un de ses plus chauds partisans, M. de Redmond, qui avait remplacé M. de Chabot comme maréchal des logis de la cavalerie, éclate en éloges dithyrambiques (2) : « Quel événement, Monseigneur! M. le maréchal doit cette fin de campagne à sa constance et à son activité; il a été contrarié par plus d’un côté depuis le passage de l’Aller... C'est étonnant toutes l*s platitudes qui se sont dites à l'armée de la pointe que M. le maréchal a faite jusqu'ici; elle a tout décidé, et produit

(1) Voir pour le détail de ces opérations : Général Pajol. Guerres de Louis XV, vol. IV.

(2) Redmcnd à Paulmy, 8 septembre 1757. Archives de la Guerre.

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