‹ La guerre de Sept ans [microforme] (volume 5)Chapitre 248 sur 385 · MINISTÈRE PITT-NEWCASTLE · texte numérisé non relu

MINISTÈRE PITT-NEWCASTLE

D'autre part, je crains les difficultés, les criailleries auxquelles donnera lieu de la part de M. Pitt, de M. Fox même, l'envoi de troupes à l'étranger. » « Nous avons eu hier soir, écrit-il à un autre correspondant (1), une petite diverence d'opinion sur le point de décider si nous enverrons, conformément à la demande du roi de Prusse, 9,000 hommes pour renforcer le duc. Lord Hardwicke et moi sommes prononcés fortement pour l’affirmative. Pitt s’y est opposé, mais avec beaucoup de convenance et de bonne humeur... Je suis porté à croire que nous expédierons les troupes. »

Newcastle se trompait dans son pronostic. Pendant qu’on discutait à Londres, les événements se précipitaient sur le théâtre de la guerre. « Le sort du Hanovre est tranché, mandait à la date du 3 août (2) le premier ministre à son confident Hardwicke; le duc a été battu le 26 du mois passé. le pays du Hanovre est à la merci des Français, et si j'ai bien compris le Roi, le Président Münchhausen doit aller conférer avec le maréchal d’Estrées.. Le Roi garde son sang-froid ; il a dit qu’il ferait pour le mieux; il avait soutenu l'affaire tant qu'il avait pu, il fallait en sortir au mieux de ses intérêts; il avait du reste pris son parti, ce qui veut dire qu’il est prèt à faire la paix pour son propre compte; il aurait le plus grand soin des intérêts du landgrave de Hesse, des ducs de Wolfenbuttel (3) et Gotha. J'ajoutai : « et du roi de Prusse. » Le Roi répliqua qu’il ne pouvait plus rien faire pour ce dernier; il mettrait Sa Majesté prussienne au courant des mesures qu'il serait obligé de prendre; si nous, ici, nous voulions continuer notre concours au roi de Prusse, il ne s’y opposerait en aucune façon. »

A l'issue de l’audience, Newcastle eut une conférence (1) Newcastle à Ashburnham, 27 juillet 1757. Newcastle Papers.

(2) Newcastle à Hardwicke, 3 août 1757. Newcastle Papers. (3) Autre titre du duc de Brunswick.

avec ses principaux collègues, Granville, Pitt et Holdernesse, et leur fit part des propos du monarque. Tous pensèrent qu'ils n'avaient pas à soumettre d’avissur les affaires du Hanovre. Tout au plus serait-il possible de suggérer un moyen d'empêcher le Roi de donner suite à son projet. Mais quel moyen? Il était trop tard pour expédier des troupes, et en pleine crise militaire un subside financier ne serait guère de circonstance. Pitt, très effrayé de l'effet que la désertion de George II produirait sur le roi de Prusse, estima qu'il fallait faire au nom de l'Angleterre, à ce monarque, les offres les plus libérales; il alla jusqu’à parler d’une somme de 1,200,000 livres sterling qu’on :olliciterait du Parlement pour la campagne à venir, et qu'on affecterait aux dépenses des Hanovriens, des Hessois et du roi de Prusse. Mais, comme observait Newcastle avec sens, l’ajournement jusqu’à l’année prochaine enlèverait toute efficacité à ce grand effort forcément tardif, pas plus que l'argent au lieu de soldats ne remédierait au mal actuel. En définitive on se sépara sans conclure, et sans autre détermination que celle de prier Sa Majesté d'attendre les nouvelles du Hanovre avant de poursuivre son projet d’accommodement avec la France.

Après cette conférence négative, Newcastle, qui était l'indécision incarnée, éprouva des remords de conscience : Après tout l'envoi des 9,000 hommes rassemblés à Chatham ne serait-il pas le remède le plus pratique aux embarras de Cumberland et aux maux de l’Électorat. Pour résoudre la question il consulta ses familiers. En réponse lord Chesterfield lui remit une note (1) où se révèle le sentiment intime d’une fraction importante du public anglais à l'égard de Cumberland. Il n'hésite pas à attribuer la demande de renforts formulée par le Prince au désir d’affaiblir le cabinet en brouillant Newcastle avec Pitt, et à

(1) Chesterfield. Notes pour le Conseil, août 1757. Newcastle Papers.

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