LETTRES A FRÉDÉRIC ET A MITCHELL
Votre Majesté jugera elle-même que je n'ai d'autre ressource que de tâcher, s'il en est encore temps, de délivrer mes fidèles alliés et mes pauvres sujets de l’horrible esclavage et de l'oppression où ils se trouvent par l’injuste rage de la France, toujours ennemie de ma maison, et l'indigne ingratitude de la maison d'Autriche. En même temps je chercherai toutes les occasions à lui marquer ma sincère araitié et la véritable estime avec laquelle je suis, ete. » Cumberland était encore au camp de Verden quand il recut les instructions que nous venons d'analyser. Il laissa au Gross Voigt de Steinberg la tâche ingrate de correspondre avec Berlin (1), et mit lui-même Mitchell (2) au courant des projets du Roi son père; pour les justifier il invoque la ruine de l'Électorat qui sera complète si l’occupation française continue, le danger de prolonger les hostilités, et l'impossibilité de reprendre l'offensive contre les forces écrasantes de la France qui le tiennent bloqué dans un coin du territoire. « A la vérité, écrit-il, la lutte n'a jamais été égale quand on considère que Sa Majesté, en qualité d'Électeur, est restée seule à combattre l’armée de terre tout entière de la France. Grâce à la malheureuse issue de la campagne de Bohême, Sa Majesté prussienne s’est vue privée des moyens d'envoyer le corps de troupes sur lequel, je puis bien le dire, on avait compté lors de la formation des plans de campagne ; aussi serait-ce un sacrifice, à la fois inutile pour le roi de Prusse et cruel pour les sujets du Roi et de ses alliés, que d'essayer de soutenir plus longtemps cette lutte inégale. » Cumberland prévoit que ces excuses ne lui éviteront pas des reproches violents de la part de Frédéric; aussi a-t-il soin de rappeler que George II n'était lié à la Prusse que par le traité de Westminster auquel le Hanovre était resté étran-
(1) Steinberg à Podewi!s, 20 août 1757. Correspondance politique. Vol. XV, p. 316.
(2) Cumberland à Mitchell. Verden, 20 août 1757. Mitchell Papers.
ger; cependant il n'avait pas hésité à supporter comme Électeur pendant quatre mois tous les efforts des Francais. D'ailleurs pour atténuer l'effet des mauvaises nouvelles, Mitchell pourra déclarer que « bien qu’il n’ait encore recu aucune instruction d'Angleterre, il se croit autorisé à assurer Sa Majesté prussienne que l’action purement électorale que Sa Majesté (George II) se voit obligée, à son grand regret, d'engager, n’affectera en aucune facon l'alliance de la Grande-Bretagne et de la Prusse. » Laissons Mitchell expliquer la différence assez subtile entre les agissements de George II comme Roi et comme Électeur, et continuons le récit des embarras de Cumberland. Ce prince, à la veille d'abandonner son camp de Verden, informa (1) son père qu’il avait délibéré avec les ministres hanovriens Steinberg et Schwichelt « sur les moyens les plus convenables d’exécuter les instructions du Roi... Conjointement, ajoute-t-il, avec ses ministres, nous ferons tous nos efforts d'obtenir les conditions les plus avantageuses pour le pays et pour l'armée, et principalement ce qui est de moi, je ne signerai jamais rien qui pourra tendre à la ruine de son armée si bien méritée, »
Alors qu'en Hanovre les affaires s’acheminaient rapidement vers la crise finale, les ministres anglais étaient restés dans lerr indécision habituelle sur le parti à prendre. Ils ignoraient, il est vrai, le texte des instructions données à Cumberland par le courrier du 11 août; ils n'avaient pas été mis au courant des ouvertures que l’envoyé hanovrien avait été chargé de faire à Vienne; mais les plus marquants d’entre eux avaient eu connaïssance des intentions de leur souverain; ils savaient, d'après le langage de Lady Yarmouth et de leur collègue Münchhausen, qu'il était question d'un projet de paix séparée ou de
(1) Cumberland au Roi. Verden, 22 août 1757. Newcastle Papers.
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